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Joel M. Reed - director portrait

Joel M. Reed

Joel M. Reed reste attaché à un titre impossible à contourner, Bloodsucking Freaks, et ce n'est pas un hasard. Peu de films résument à ce point une zone du cinéma d'exploitation new-yorkais où le mauvais goût, la cruauté de cartoon et la provocation commerciale finissent par fabriquer un objet réellement singulier. Partir de là, c'est comprendre Reed sans faux-semblants. On n'entre pas chez lui pour la nuance psychologique classique ni pour l'élévation culturelle rassurante. On y entre parce qu'il a poussé jusqu'à l'obscénité burlesque une certaine logique du cinéma d'horreur.

Ce qui frappe, avec le recul, ce n'est pas seulement l'excès, mais la façon dont cet excès est organisé. Reed travaille dans un régime où le spectacle de la dégradation devient lui-même dispositif. Théâtre de la torture, cabaret sordide, sous-sol de cauchemar urbain: tout concourt à produire une esthétique de l'attraction répugnante. Cela pourrait n'être qu'un coup de force marketing. Pourtant, quelque chose de plus dérangeant subsiste. Le film comprend que l'exploitation ne vend pas seulement du choc, elle vend aussi un rapport au spectateur, un contrat de complicité honteuse.

Dans cette perspective, Joel M. Reed appartient pleinement à l'histoire sale et essentielle du cinéma bis des États-Unis. Sale, parce qu'il travaille sans filtre de respectabilité. Essentielle, parce qu'il rappelle que l'horreur américaine ne s'est jamais écrite uniquement du côté des formes nobles ou des succès critiques. Une part décisive de son énergie est née dans des circuits parallèles, grindhouses, séances tardives, copies usées, réputation scandaleuse. Reed est un nom de ce sous-sol-là, et il faut le prendre comme tel.

Le cas Reed est d'autant plus intéressant qu'il oblige à penser la frontière entre satire et pure exploitation. Chez lui, cette frontière reste volontairement trouble. Le grotesque outrancier peut se lire comme commentaire sur le spectacle lui-même, mais il fonctionne aussi très bien sans second degré savant. C'est ce mélange qui rend l'œuvre tenace. Elle reste difficile à nettoyer. On peut l'historiciser, la contextualiser, la discuter, rien n'y fait tout à fait. Elle continue de renvoyer au spectateur sa propre position face à la violence mise en scène.

Cette persistance explique pourquoi les années 1970 new-yorkaises demeurent le vrai climat de lecture de Joel M. Reed. C'est un moment où le cinéma d'exploitation, au bord de plusieurs marchés et plusieurs censures, pouvait encore fabriquer des objets d'une agressivité brute. Reed n'en est pas le représentant le plus raffiné, et c'est précisément pour cela qu'il compte. Il expose sans vernis la pulsion de surenchère qui traverse tout un pan du genre.

On comprend dès lors son statut durable dans les cultures de festival, de midnight movies et de cinéphilie extrême. Le spectateur contemporain n'y vient plus seulement pour être choqué. Il y vient pour rencontrer une forme d'archive vivante du mauvais esprit exploitation. Joel M. Reed rappelle ce moment où l'industrie périphérique n'avait pas encore appris à présenter sa transgression comme produit chic. Chez lui, le sordide reste sordide, et le rire qui l'accompagne a quelque chose d'inconfortable.

Il serait vain de le réhabiliter en le transformant en auteur plus propre qu'il ne l'est. Sa place se situe ailleurs. Elle tient à une franchise de la démesure, à une absence de scrupule esthétique qui, paradoxalement, finit par produire un vrai style. Un style de l'agression foraine, de la mise à l'épreuve, de l'exhibition comme piège. Tout cela n'est pas aimable. Tout cela n'est pas admirable au sens académique du terme. Mais tout cela est historiquement parlant trop vivant pour être ignoré.

C'est pourquoi Joel M. Reed demeure une figure clé des marges. Pas un grand ordonnateur de formes, mais un révélateur brutal de ce que l'exploitation américaine pouvait contenir de plus tapageur, de plus ricanant et de plus indéfendablement fascinant. Dans la cartographie de l'horreur, il occupe une cave mal ventilée. Il serait absurde de prétendre que cette cave est confortable. Il serait tout aussi absurde de nier qu'une partie du genre y a trouvé sa vraie odeur.

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