Javier Chacon
Le crédit vénézuélien de Javier Chacon dans CaSTV place son cinéma sous le signe d'une inquiétude tropicale et politique, loin des cartes postales faciles. Le Venezuela offre à l'horreur un terrain de tensions concrètes: villes en crise, mémoire coloniale, fractures sociales, paysages où la beauté n'efface jamais la menace. Chacon arrive par une seule entrée, mais cette entrée ouvre un horizon dense.
L'horreur latino-américaine a souvent compris que le surnaturel n'était pas une fuite hors du réel. Il en est parfois la forme la plus honnête. Quand les institutions vacillent, quand les familles portent trop de deuils, quand la violence collective devient une atmosphère, le fantôme ou la malédiction ne semblent pas moins réalistes que le journal. Ils donnent une figure à ce que le quotidien force à absorber.
Chacon peut être abordé depuis cette zone où le cinéma surnaturel rencontre l'histoire sociale. Le surnaturel n'est pas seulement un effet de scénario. Il devient une langue de remplacement pour les blessures sans tribunal, les disparitions sans clôture, les maisons où chaque génération laisse quelque chose aux suivantes. La peur ne vient pas d'un monde séparé. Elle naît de la surcharge du monde présent.
Dans un contexte vénézuélien, le paysage compte. La chaleur, l'humidité, la densité urbaine, la proximité de la jungle ou de la côte peuvent transformer la mise en scène. L'horreur n'a pas la même température partout. Chacon rappelle cette évidence que le genre oublie parfois lorsqu'il devient trop générique. Une menace filmée sous une lumière dure, dans un air lourd, avec des murs qui semblent retenir la poussière et les voix, n'a pas la même signification qu'une menace née dans un couloir froid.
Les années 2010 ont vu se renforcer la circulation internationale des horreurs latino-américaines, notamment dans les festivals et sur les plateformes spécialisées. Ce mouvement a montré que le genre pouvait porter des récits politiques sans devenir discours illustré. Chacon s'inscrit dans cette dynamique lorsque son cinéma laisse la peur parler par les espaces, les croyances, les absences et les gestes de survie quotidienne.
On peut aussi rapprocher cette approche du folk horror, à condition de l'élargir hors de son imaginaire britannique. Le folk horror latino-américain ne repose pas seulement sur le village isolé. Il implique des syncrétismes, des rites, des mémoires coloniales, des territoires où le visible et l'invisible se négocient depuis longtemps. Les personnages modernes ne découvrent pas l'archaïque; ils découvrent qu'ils n'ont jamais cessé de vivre avec lui.
Javier Chacon trouve donc sa place dans CaSTV comme nom lié à une horreur de climat, de mémoire et de fracture. Son unique crédit n'a pas besoin d'être gonflé en manifeste. Il suffit qu'il rappelle ceci: la peur change de forme selon les lieux qui la produisent. Au Venezuela, elle peut avoir la lumière du jour, le poids de l'histoire, la moiteur des pièces fermées, et la certitude que les morts ne sont jamais très loin des affaires des vivants.
