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Jason Trost - director portrait

Jason Trost

Avec The FP, Jason Trost a lancé au début des Années 2010 l'une des propositions les plus volontairement absurdes du cinéma indépendant américain: transformer une guerre de gangs post-apocalyptique en tournoi de dance game, comme si Mad Max avait été réécrit par des corps nourris à l'arcade, au straight face et à l'idiotie métaphysique. Cette prémisse suffit à marquer une singularité. Trost est de ces cinéastes qui avancent en poussant le concept jusqu'à son point de ridicule, puis découvrent que le ridicule, tenu avec assez de foi, devient un monde.

Son cinéma relève de la série B détournée, mais détournée de l'intérieur. Il n'observe pas les codes pop avec distance ironique avant de les commenter. Il y plonge tout entier. Costumes outrés, mythologies de pacotille, diction affectée, violence stylisée: chaque élément paraît volontairement excessif, et pourtant rien ne ressemble à une moquerie extérieure. Trost filme comme quelqu'un qui aime profondément les cultures basses, non pour leur supposée innocence, mais pour leur capacité à générer des univers autonomes avec presque rien.

Cette autonomie passe par une physique très nette des corps. Trost, souvent acteur de ses propres films, comprend le cinéma comme une question de posture, de déplacement, de silhouette. Chez lui, le personnage est d'abord une présence découpée sur le cadre, une manière de tenir la marche, l'affrontement ou la pose. Ce goût pour l'incarnation frontale donne à ses films une énergie primitive qui les distingue de beaucoup d'objets nerds fabriqués au second degré. Ils ne commentent pas la culture pop. Ils veulent l'habiter.

Il y a aussi, dans cette esthétique, une vraie intelligence de la pauvreté productive. Le manque de moyens n'est pas maquillé. Il devient principe de monde. Les accessoires paraissent parfois bricolés, les environnements réduits, les effets assumés comme tels. Mais cette économie rejoint le sujet même: des univers où des communautés minuscules gonflent leur propre légende pour survivre à la médiocrité du réel. Trost comprend parfaitement qu'une mythologie de quartier peut avoir la force d'une épopée si le film y croit assez.

Ce qui rend son travail plus intéressant qu'une simple curiosité comique, c'est le sérieux avec lequel il traite l'absurde. The FP et les films voisins ne fonctionnent pas comme des sketches étirés. Ils inventent une logique, un idiome, un rapport au défi et à l'honneur. Ce sérieux produit une drôlerie spécifique, plus sèche que la parodie classique. On rit parce que le film persiste là où l'on attendrait qu'il cligne de l'œil. Cette persistance est une forme de courage esthétique.

Dans la grande famille du cinéma américain de genre, Jason Trost touche à plusieurs traditions: la science-fiction, l'action post-apocalyptique, la comédie cultuelle, parfois même le voisinage de l'horreur lorsque la violence se charge d'une étrangeté presque grotesque. Mais il les refaçonne à son échelle, dans un espace où la culture vidéoludique, la série B et la performance corporelle fusionnent sans demander la permission aux hiérarchies du bon goût.

Il faut enfin reconnaître ce que son cinéma dit d'une certaine indépendance contemporaine. Trost n'essaie pas de donner au petit film les signes extérieurs du grand. Il fait l'inverse. Il assume l'échelle réduite, puis construit une intensité qui n'appartient qu'à elle. Beaucoup de productions indépendantes rêvent secrètement d'être récupérées par le centre. Son travail, lui, reste obstinément périphérique. C'est là sa liberté, et parfois sa limite. Mais une limite convertie en style vaut souvent mieux qu'une ambition mal déguisée. Jason Trost n'est peut-être pas un cinéaste pour tous. Il est certainement un cinéaste que l'on reconnaît immédiatement, et ce n'est déjà pas si fréquent.

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