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Ion de Sosa - director portrait

Ion de Sosa

Avec Sueñan los androides, Ion de Sosa a signé une pièce de science-fiction ibérique dont la sécheresse lumineuse et l'étrangeté artisanale suffisent à le distinguer dans le paysage européen des Années 2010. Peu de cinéastes comprennent aussi bien que lui à quel point le futur peut surgir d'un présent déjà usé, à quel point un décor pauvre en signes spectaculaires peut devenir une machine de dérèglement si le cadre, le son et la diction sont tenus avec assez de rigueur. Son cinéma ne cherche pas à fabriquer l'illusion d'un monde autre. Il révèle l'altérité déjà cachée dans le nôtre.

De Sosa travaille souvent à partir de dispositifs réduits, mais il faut entendre cette réduction comme un choix esthétique, non comme une simple économie de moyens. Tout chez lui semble orienté vers la création d'un décalage. Un appartement, une plage, une voiture, une conversation mécanique, et soudain la normalité se dévisse. Le spectateur sent que le film connaît les codes de la science-fiction, mais qu'il refuse d'en reproduire l'apparat. À la place, il en retient l'essentiel: la possibilité de regarder le présent comme une forme déjà mutante, déjà contaminée par ses propres fantasmes techniques et affectifs.

Cette approche donne à ses films une qualité presque méditerranéenne du malaise. Chez bien des auteurs, le soleil apaise. Chez de Sosa, il expose. La lumière écrase les ombres sans rendre les choses plus claires. Elle transforme les corps en surfaces observables, disponibles, parfois inquiétantes. Ce rapport à la visibilité totale produit un type d'angoisse très singulier, plus proche d'une apocalypse douce que d'une menace explosive. Tout continue, mais autrement. Les gestes semblent légèrement décalés. Les désirs paraissent réglés par une logique qui n'est plus tout à fait humaine. C'est là que le cinéaste devient fascinant.

On pourrait dire qu'il installe une zone de contact entre Espagne, futurisme low-fi et tradition du fantastique conceptuel. Mais cette formule resterait abstraite si l'on n'insistait pas sur son humour, souvent discret, parfois très sec. De Sosa sait que l'étrange gagne en puissance lorsqu'il ne se donne pas toujours comme solennel. Un détail absurde, une répétition trop lisse, une réponse légèrement en retard peuvent faire naître un trouble plus durable qu'un grand effet. Cette intelligence du ton évite à ses films la raideur de beaucoup d'exercices de genre.

Son travail compte aussi parce qu'il réaffirme la valeur du formalisme. Non pas un formalisme décoratif, mais un formalisme qui pense. La composition du plan, la densité de l'air, le choix des voix, la circulation des corps dans des espaces presque vides, tout produit du sens avant même que le récit ne l'explicite. Ce n'est pas un cinéma de commentaire. C'est un cinéma de système. Chaque élément est modeste, mais tous conspirent à imposer une étrangeté cohérente. En cela, de Sosa appartient à une lignée européenne qui comprend le genre comme un laboratoire de perception.

Il y a enfin, dans ses films, quelque chose de profondément contemporain dans la manière de lier désir et automatisme. Les personnages ne semblent pas simplement perdus dans un monde futur. Ils paraissent réécrits par lui, comme si leurs affects avaient déjà intégré une part de programmation. Ce motif donne à son oeuvre une résonance particulière à l'âge des comportements pilotés, des interfaces omniprésentes et de l'appauvrissement sensoriel. Là encore, il n'a pas besoin de souligner. La mise en scène suffit.

Depuis les Années 2020, beaucoup de films indépendants ont voulu reconquérir la science-fiction par la miniaturisation. Peu y sont parvenus avec autant de netteté. Ion de Sosa ne miniaturise pas le futur, il l'assèche jusqu'à en faire apparaître l'os. C'est ce squelette, drôle, inquiet, désenchanté, qui fait la force durable de son cinéma.

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