https://cabaneasang.tv/fr/director/ibrahim-abdulkarim/

Ibrahim Abdulkarim

Le crédit nigérian d'Ibrahim Abdulkarim ouvre une porte vers Nollywood et ses marges horrifiques, un territoire où le surnaturel n'a jamais été un simple décor importé. Au Nigeria, les récits de peur circulent avec la religion, la famille, l'argent, la dette, le village, la ville et les promesses de réussite. Le genre y possède une immédiateté particulière: il parle à un public qui connaît déjà la puissance sociale des croyances, même quand la modernité prétend les avoir dépassées.

Ibrahim Abdulkarim arrive dans le catalogue avec un seul crédit, mais ce crédit suffit à le relier à une tradition de production énergique, populaire, souvent sous-estimée par les lectures occidentales du cinéma de genre. Nollywood a longtemps compris que l'horreur pouvait être un outil moral, social et économique. Les malédictions y parlent de contrats, les esprits de familles brisées, les rituels de pouvoir et de désir. La peur n'est pas séparée du quotidien; elle en est une lecture plus franche.

Cette spécificité distingue Abdulkarim des cinéastes dont l'horreur repose surtout sur la citation. Dans le contexte nigérian, le fantastique n'a pas besoin de s'excuser d'être croyant, excessif ou frontal. Il peut mélanger mélodrame, sermon, thriller, comédie sombre et apparition démoniaque sans demander la permission aux catégories propres. Cette liberté correspond à une autre idée du cinéma africain, moins obsédée par le prestige festivalier que par la circulation vivante des histoires.

Le Nigeria offre au genre un rapport puissant à la communauté. La menace n'est pas toujours isolée dans une maison. Elle traverse les familles, les lignées, les marchés, les églises, les quartiers, les routes entre ville et village. Ce déplacement donne au folk horror une forme différente de ses modèles européens. Ici, le rite n'est pas seulement survivance ancienne; il peut être contemporain, médiatisé, discuté, exploité, redouté et intégré à la vie sociale. Le passé ne revient pas, il n'est jamais parti.

Abdulkarim doit donc être abordé comme une présence située. Un seul crédit ne permet pas de développer une doctrine d'auteur, mais il permet de marquer l'appartenance à une scène où l'horreur possède une efficacité culturelle immédiate. Les films nigérians de genre ont souvent travaillé avec des moyens rapides, des récits directs, une expressivité forte. Cette énergie peut heurter les attentes d'un regard habitué aux lenteurs de festival, mais elle donne au genre une vitalité brute. La peur y est faite pour circuler, pour être racontée, reprise, discutée.

Pour CaSTV, Ibrahim Abdulkarim compte parce qu'il élargit la carte. L'horreur mondiale ne se réduit pas à l'axe États-Unis, Europe, Japon, Corée. Elle passe aussi par Lagos, par les productions vidéo, par les récits religieux, par les imaginaires où le mal a une fonction sociale précise. Documenter ces présences, même brèves, revient à reconnaître que le genre est polyphonique. Les fantômes ne parlent pas tous la même langue, et c'est une bonne nouvelle.

Ce qui demeure de cette fiche, c'est une promesse de cinéma populaire au sens fort: un cinéma qui ne craint pas le mélange, qui traite le surnaturel comme une force active, qui sait que la peur peut naître d'une dette familiale aussi sûrement que d'un monstre. Ibrahim Abdulkarim occupe cette place dans CaSTV: une balise nigériane, modeste mais nécessaire, dans la grande géographie des cauchemars.

Filmographie

Suggérer une modification