https://cabaneasang.tv/fr/director/hila-asulin/
Hila Asulin - director portrait

Hila Asulin

Hila Asulin fait entrer l'horreur dans un espace israélien où chaque lieu semble déjà chargé de récits concurrents. Le cinéma d'Israël ne peut pas filmer un appartement, une rue, une famille ou un désert comme de simples décors. Tout y porte une pression historique, religieuse, politique, intime. Pour le fantastique, cette densité est une matière dangereuse.

Asulin apparaît comme une présence discrète, mais son nom ouvre immédiatement une question de territoire. L'horreur israélienne la plus intéressante ne se contente pas d'importer des codes américains. Elle travaille les frontières visibles et invisibles: entre vivants et morts, entre sacré et profane, entre communauté et individu, entre protection et contrôle. Le genre devient un outil pour montrer ce que le réalisme frontal ne peut pas toujours contenir sans se durcir.

Le film de possession offre ici une piste forte, même comme voisinage imaginaire. Dans les cultures marquées par le religieux, la possession n'est jamais seulement un truc de scénario. Elle pose une question politique du corps. Qui parle à travers vous? Qui a le droit de nommer le mal? Qui décide si une crise relève de la médecine, du rite, de la famille ou de la faute? Une réalisatrice comme Asulin peut trouver dans ces tensions une matière d'une précision redoutable.

Les années 2010 ont vu plusieurs cinémas nationaux réinvestir l'horreur comme langage de malaise social. Israël s'y prête avec une intensité particulière. La vie quotidienne y est traversée par des systèmes de surveillance, de mémoire, de peur anticipée. Le fantastique peut alors agir comme une exagération à peine nécessaire. Il ne crée pas l'angoisse; il la rend visible, il lui donne un visage ou une voix.

Ce qui intéresse chez Hila Asulin, c'est aussi la possibilité d'un regard féminin sur ces dispositifs. Les récits de possession, de maison, de mariage, de maternité ou de communauté religieuse changent lorsqu'ils sont filmés depuis l'intérieur d'une expérience moins dominante. Le corps féminin, trop souvent utilisé comme terrain de manifestation du mal, peut devenir le lieu d'une résistance ou d'une accusation. L'horreur se retourne contre ceux qui prétendaient l'interpréter.

Le cinéma de genre israélien possède une capacité particulière à mêler tension sèche et éclats d'absurde. Dans un pays où le réel est déjà fortement scénarisé par les discours, le surnaturel peut apparaître presque comme une forme de franchise. Un fantôme dit parfois plus clairement ce qu'une conversation n'ose pas formuler. Un rituel montre la structure du pouvoir mieux qu'une scène explicative.

Dans CaSTV, Asulin compte comme une ouverture vers ces zones. Son importance ne dépend pas d'un volume de titres, mais de la précision du champ qu'elle indique. Une base d'horreur doit accueillir les cinéastes qui déplacent le genre hors de ses automatismes. Elle doit laisser de la place aux noms qui portent des géographies lourdes, des langues particulières, des conflits de mémoire.

Hila Asulin représente ainsi une horreur de la charge accumulée. Rien n'y est neutre. Le mur a une histoire, la famille a une loi, le silence a un prix. Le fantastique ne vient pas décorer ce monde; il en révèle la pression interne. Et lorsque cette pression trouve enfin une forme, le cinéma d'horreur cesse d'être une échappatoire. Il devient une manière brutale de regarder en face.

Suggérer une modification