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Hans Astrik

Hans Astrik arrive avec Cuba dans le dos, et cette coordonnée change immédiatement la température de l'horreur. On pense à la chaleur qui colle, aux façades marquées par l'histoire, aux rues où la musique et la surveillance peuvent cohabiter, aux croyances qui ne se laissent pas ranger dans la catégorie confortable du folklore. Une seule entrée dans CaSTV suffit à ouvrir ce rapport entre fantastique, politique du quotidien et mémoire caribéenne.

Le cinéma de Cuba n'est pas spontanément associé, dans les circuits internationaux, à une abondance de films d'horreur. C'est justement ce qui rend une présence comme celle d'Astrik intéressante. Le genre y prend une autre valeur. Il ne s'agit pas seulement d'importer des codes venus d'ailleurs, mais de les frotter à un espace social saturé d'histoire, de pénurie, de rituels, de regards collectifs. Dans un tel contexte, le surnaturel peut devenir moins une fuite qu'une manière de dire ce que le réalisme ne suffit pas à contenir.

Le folk horror caribéen, lorsqu'il apparaît, ne fonctionne pas comme le folklore de carte postale. Il parle de pratiques vivantes, de syncrétismes, de liens entre les morts et les vivants, de communautés où la croyance n'est pas un décor exotique mais une structure de relation. Hans Astrik, par son inscription cubaine, doit être approché avec cette exigence: ne pas transformer la spiritualité en accessoire, mais comprendre que l'horreur peut naître du conflit entre modernité, survie et mémoire rituelle.

Le crédit unique force à la prudence, mais pas au silence. Il permet de situer Astrik dans une cartographie rare, celle des cinéastes qui relient le genre à des cinématographies moins représentées dans les bases d'horreur internationales. Les années 2010 et les années 2020 ont vu augmenter cette circulation: festivals spécialisés, programmes latino-américains, plateformes de découverte, critiques attentifs aux marges. Un nom cubain dans ce paysage n'est pas anecdotique. Il déplace le centre.

Ce déplacement est important pour CaSTV. L'horreur mondiale ne se résume pas aux axes américains, japonais, coréens ou européens. Elle se transforme dès qu'elle rencontre d'autres rapports à la mort, à la communauté, à l'espace public. Le cinéma latino-américain a souvent su donner à la peur une dimension collective: ce n'est pas seulement un individu qui est hanté, mais un quartier, une famille, une mémoire politique. L'apparition devient alors une question de justice ou de dette.

Dans cette perspective, Hans Astrik représente une possibilité de cinéma où la peur n'est pas séparée de la vie matérielle. La maison hantée peut être aussi une maison trop pleine, trop vieille, trop habitée par l'histoire. Le corps possédé peut être un corps soumis à des forces économiques et familiales avant même que le fantastique ne le traverse. Le monstre, s'il existe, ne tombe pas du ciel. Il pousse dans une réalité déjà fissurée.

Il faut préserver cette complexité. Trop souvent, le fantastique caribéen est lu par des spectateurs extérieurs comme une couleur locale. Une base comme CaSTV doit au contraire lui donner un cadre critique digne, capable de reconnaître l'épaisseur culturelle sans la réduire à l'explication ethnographique. Astrik, même par un seul crédit, invite à ce regard.

Son nom marque donc une entrée précieuse dans la géographie de l'horreur. Cuba y apparaît non comme une curiosité, mais comme un lieu où les morts, les récits officiels, les pratiques populaires et la fatigue du présent peuvent se rencontrer dans une même image. L'horreur, ici, ne demande pas seulement de croire aux fantômes. Elle demande de se demander qui a intérêt à prétendre qu'ils ne sont pas là.

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