George McCowan
Avec Frogs, George McCowan touche à un point très particulier du cinéma de genre nord-américain : le moment où l'écologie punitive, la satire des possédants et l'exploitation animalière se rencontrent dans une même série B. McCowan n'est pas un auteur au sens canonique, ni un nom fétiche du Nouvel Hollywood. Il appartient plutôt à cette classe essentielle de metteurs en scène capables de donner une forme nette à des films conçus à l'intersection de la télévision, du studio modeste et du marché populaire. Son intérêt tient précisément à cette position intermédiaire.
Très actif à la télévision comme au cinéma, surtout en Amérique du Nord et aux États-Unis, McCowan sait raconter avec économie. Il ne surcharge pas l'image d'intentions décoratives. Il privilégie l'articulation claire des situations, la lisibilité des rapports de force, la gestion du suspense dans des cadres qui doivent souvent beaucoup faire avec peu. Dans les années 1970, cette qualité devient précieuse. Le cinéma d'exploitation cherche alors des concepts forts, des accroches immédiates, mais tout tient ou s'effondre selon la capacité du réalisateur à maintenir une tension concrète.
Chez McCowan, cette tension vient souvent du milieu plutôt que du style ostentatoire. Dans Frogs, la nature n'est pas filmée comme décor neutre. Elle devient une pression diffuse, une présence qui encercle lentement le monde des riches. Le film exploite évidemment les plaisirs du genre, mais il bénéficie aussi d'une intuition sociale simple et efficace : les propriétaires, les héritiers, les figures d'autorité domestique se croient maîtres du cadre alors même que le cadre leur échappe déjà. Le cinéma environnemental de cette époque n'est pas toujours subtil, mais il touche souvent juste en transformant la catastrophe en révolte du milieu.
Cette logique de mise en place convient bien à un cinéaste formé par la télévision. La télévision apprend le découpage efficace, le dialogue exposé sans lourdeur, le sens de l'ensemble plutôt que le culte du plan isolé. McCowan transporte cela dans ses longs métrages sans honte. Son cinéma n'a pas besoin d'afficher sa valeur à chaque image. Il veut d'abord tenir une durée, ménager des points d'intensité, faire exister des situations assez fortes pour soutenir l'attention. Cette modestie de méthode explique aussi pourquoi certaines de ses réalisations demeurent plus solides qu'attendu.
On peut l'aborder par le prisme du cinéma d'horreur ou du thriller écologique, mais il serait plus juste de parler d'une compétence transversale. McCowan sait installer une menace dans un cadre domestique, dans un groupe, dans un décor supposé familier. Il filme bien les communautés provisoires, les maisons, les rassemblements, les espaces de loisir où l'ordre bascule peu à peu. Ce n'est pas une vision grandiose du monde, c'est une mécanique de dérèglement. Et cette mécanique, quand elle est bien menée, suffit à faire film.
George McCowan mérite ainsi d'être revu non pour une prétendue grandeur cachée que l'histoire aurait scandaleusement oubliée, mais pour ce qu'il représente très concrètement : un savoir-faire du récit de genre dans l'économie mixte du cinéma et de la télévision. Il rappelle qu'entre l'auteur sursigné et le produit interchangeable existe tout un territoire de mise en scène sérieuse, attentive, capable de donner une vraie nervosité à des formes réputées mineures. Le cinéma populaire a aussi tenu grâce à des professionnels de cette trempe.
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