Gabriele Mencaroni
Gabriele Mencaroni, deux crédits et un contexte noté comme non spécifié, porte malgré tout une sonorité méditerranéenne qui appelle un cinéma de chaleur trouble, de murs anciens, de secrets conservés dans la pierre. Il ne s'agit pas d'assigner une nationalité sans preuve. Il s'agit de reconnaître qu'un nom peut activer une texture, et que l'horreur travaille souvent par textures avant de travailler par informations.
Le champ du gothique est utile pour comprendre cette texture. Le gothique n'est pas seulement une collection de châteaux, de chandelles et de couloirs. C'est une logique de survivance. Le passé ne passe pas. Il reste accroché aux lieux, aux noms, aux familles, aux objets. Un réalisateur comme Mencaroni, présent par deux crédits, peut être lu à partir de cette question: comment filmer ce qui insiste alors que tout devrait être terminé?
Deux crédits, dans une base de genre, dessinent une ligne courte mais réelle. Ils invitent à une attention aux motifs plutôt qu'aux grandes déclarations. Le cinéma d'horreur se nourrit de retours: retour du mort, retour du refoulé, retour d'un geste ancien, retour d'une forme oubliée. Quand un nom revient lui aussi dans le catalogue, il participe à cette logique. Il devient une trace de travail, un indice à suivre.
Les années 2010 ont permis à de nombreuses horreurs européennes ou para-européennes de réinvestir les traditions sans les momifier. Le vieux décor n'était plus seulement pittoresque. Il devenait une preuve matérielle contre l'amnésie contemporaine. Une maison de famille, une église vide, une ruelle, un hôtel désert: autant de lieux où le passé ne se contente pas de décorer le présent. Il l'accuse. Cette accusation est l'une des forces profondes du genre.
Mencaroni se comprend aussi par le rapport au rituel. L'horreur aime les gestes répétés parce qu'ils troublent la frontière entre habitude et malédiction. Allumer une lampe, fermer une porte, laver un objet, préparer un repas: les actions les plus ordinaires peuvent devenir inquiétantes si la mise en scène les détache de leur fonction. Le cinéma de petite échelle est particulièrement apte à cette transformation. Il n'a pas besoin de monde vaste. Il peut faire d'une pièce entière un cérémonial.
Le voisinage du folk horror prolonge cette lecture. Le folk horror parle de communautés qui savent trop de choses, de coutumes dont personne n'explique l'origine, de paysages qui semblent avoir signé un pacte avec les vivants. Même hors d'un cadre rural explicite, cette logique peut irriguer un film. Ce qui compte, c'est la pression du collectif et de l'ancien. Mencaroni, avec sa présence discrète, appartient à cette possibilité d'une peur venue des règles héritées.
Il faut donc éviter de réduire sa fiche à l'indétermination du contexte. L'absence de pays n'annule pas la précision possible du regard. Elle oblige à rester au niveau du cinéma: formes, rythmes, seuils, corps, lieux. Gabriele Mencaroni devient alors un nom pour penser la persistance. Une filmographie courte peut suffire à déposer une atmosphère si elle sait faire sentir que les murs regardent, que les gestes répétés ne sont jamais neutres, que l'histoire la plus dangereuse est celle que personne ne raconte parce que tout le monde la connaît déjà.
Pour CaSTV, cette présence compte. Elle conserve un fragment du vaste continent horrifique où les noms secondaires ne sont pas des accidents, mais des relais. Mencaroni y occupe une place de pénombre: pas celle du monument, mais celle du passage où l'on comprend trop tard que l'on marche dans une tradition plus ancienne que soi.
