Frédéric Frankel
Dans le paysage suisse de deux crédits, Frédéric Frankel appelle une horreur de précision froide, de surfaces propres qui finissent par trahir ce qu'elles cachent. La Suisse n'est pas seulement un décor de montagnes et d'ordre apparent. Au cinéma, elle peut devenir un laboratoire du malaise: espaces contrôlés, silence social, violence rentrée, paysages trop beaux pour être innocents.
Frankel occupe cette zone avec la discrétion d'un nom qui n'a pas besoin de se gonfler en légende. Deux crédits, c'est une présence courte mais lisible. Dans le genre, la brièveté peut avoir une force particulière. Elle empêche de se réfugier dans les grandes généralités. Il faut regarder ce que le cinéaste fait de l'espace, du rythme, des corps. La peur n'est pas un sujet que l'on plaque sur un récit. Elle est une façon de régler la distance entre le spectateur et ce qu'il préférerait ne pas voir.
Le cinéma suisse, lorsqu'il touche au fantastique, apporte souvent une qualité d'asepsie inquiétante. Les intérieurs paraissent calmes, les institutions solides, les paysages ordonnés. Puis une fissure apparaît. Elle n'a pas besoin d'être spectaculaire. Une famille parle trop doucement. Un village garde une coutume qu'il ne présente jamais comme étrange. Un personnage comprend qu'une règle existe seulement après l'avoir enfreinte. Cette logique rejoint le folk horror dès que la communauté devient plus terrifiante que l'entité qu'elle prétend craindre.
Frédéric Frankel se lit alors comme un cinéaste de la retenue. Même si la fiche ne développe pas une filmographie longue, son inscription dans le catalogue CaSTV suffit à déplacer le regard vers les questions de seuil. Que se passe-t-il quand un pays associé à la neutralité et à la mesure devient un terrain d'angoisse? Comment filmer une peur qui ne déborde pas, mais qui s'accumule derrière les façades? Comment faire sentir qu'un paysage n'est pas seulement un fond, mais un témoin?
Dans les années 2010, beaucoup de films de genre européens ont travaillé cette tension entre réalisme sec et surgissement archaïque. Le fantastique ne venait plus forcément d'un autre monde. Il se logeait dans les procédures, les héritages, les codes sociaux. Frankel appartient à cette possibilité d'une horreur qui ne crie pas. Elle observe. Elle laisse les personnages s'enfermer dans des structures qu'ils croyaient rationnelles. Elle fait du calme une menace active.
Ce qui importe, pour une fiche biographique comme celle-ci, c'est de ne pas confondre rareté et insignifiance. Deux crédits suisses dans un catalogue d'horreur signalent une trajectoire assez précise pour mériter mieux qu'une note administrative. Ils indiquent que Frankel participe à la circulation d'un imaginaire européen où le quotidien policé devient suspect. On peut y entendre une méfiance envers les apparences d'équilibre. Le film d'horreur sait que l'ordre est parfois la forme la plus élégante du déni.
La place de Frédéric Frankel est donc celle d'un réalisateur à aborder par la texture plutôt que par le bruit. Il faut chercher les lignes droites qui se changent en pièges, les silences qui deviennent collectifs, les visages qui refusent de dire ce qu'ils savent. Le cinéma de genre gagne beaucoup à ces présences. Elles rappellent que la peur n'a pas toujours besoin d'excès. Elle peut être nette, presque administrative, blanche comme une salle trop propre, et d'autant plus profonde qu'elle ne donne jamais l'impression de perdre le contrôle.
