https://cabaneasang.tv/fr/director/fernando-cortizo/
Fernando Cortizo - director portrait

Fernando Cortizo

Chez Fernando Cortizo, la matière fantastique paraît toujours tenir à une lutte entre la fable et la décomposition, entre le plaisir du récit et la certitude que toute histoire digne de ce nom transporte aussi ses ombres, ses ruines et ses revenants. Cette tension donne à son cinéma une identité immédiatement reconnaissable. On n'y entre pas comme dans un simple dispositif de peur, mais comme dans un monde où l'imaginaire a gardé un lien très concret avec la mort, la mémoire des objets et la persistance des mythes populaires. C'est une voie particulièrement riche pour le genre, parce qu'elle refuse de choisir entre invention visuelle et gravité souterraine.

Le travail de Cortizo semble porté par une conscience aiguë de la matérialité. Les choses comptent chez lui. Les textures, les surfaces, les artefacts, les formes construites ont une présence qui dépasse la pure fonction décorative. Cette importance accordée aux objets n'est pas anodine. Dans un cinéma voisin du conte et du macabre, elle permet aux mondes imaginés de devenir tactiles, presque palpables. Or la peur gagne souvent en force lorsqu'elle a un poids matériel, lorsqu'elle paraît logée dans des formes que l'on pourrait toucher. Cortizo semble l'avoir compris. Ses univers ne flottent pas. Ils insistent.

Cette insistance rapproche son travail du Horreur, mais d'un horror travaillé par l'artisanat, par la construction minutieuse de mondes et par une relation très forte à la tradition du récit. Là où certains films contemporains cherchent l'angoisse dans la neutralité visuelle, Cortizo paraît au contraire assumer le pouvoir de la stylisation. Pourtant, cette stylisation n'a rien d'ornemental. Elle sert à réveiller des peurs anciennes, celles qui habitent les contes, les objets animés, les pactes avec l'invisible, les formes de vie qui refusent de rester à leur place. Le merveilleux n'y est jamais innocent.

On peut ainsi le situer dans une continuité qui traverse les Années 2010 et les Années 2020, lorsque le fantastique a recommencé à dialoguer franchement avec les arts plastiques, l'animation, la miniature et les traditions populaires sans perdre sa capacité de trouble. Cortizo paraît travailler précisément cette lisière. Il fait sentir que le récit de genre peut encore surprendre lorsqu'il ne sépare pas le plaisir de raconter de la conscience sombre de ce qu'il raconte. Une légende, chez lui, n'est pas un refuge. C'est un organisme encore vivant.

Il y a aussi dans ce cinéma une intelligence de la transmission. Les histoires ne circulent pas comme de simples anecdotes. Elles transportent des héritages, des malédictions, des systèmes de croyance, parfois des structures de violence. Ce qui se transmet ne protège pas toujours. Cela peut aussi enfermer, réclamer, revenir. C'est une dimension fondamentale du genre, et Cortizo semble l'aborder avec une remarquable clarté. Ses films comprennent que la peur n'a pas seulement besoin d'un futur menaçant. Elle a besoin d'un passé suffisamment actif pour peser sur le présent.

Ses deux crédits au catalogue suffisent ainsi à dessiner un cinéaste du conte noir, de l'objet chargé et de l'imaginaire matériel. Fernando Cortizo apparaît comme un auteur pour qui la forme elle-même peut être hantée. Ce n'est pas un détail. Dans un paysage parfois dominé par des images interchangeables, il rappelle qu'un univers visuel fort peut aussi être un univers inquiétant, et qu'une histoire racontée avec précision peut nous reconduire à des peurs très anciennes sans rien perdre de sa modernité. Chez lui, la fable ne console pas. Elle conserve les traces.

Suggérer une modification