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Felipe Gómez Aparicio

Felipe Gómez Aparicio ouvre son espace de peur par une sensibilité hispanique du récit oral, où l'on sent qu'une histoire a été racontée trop souvent pour être encore innocente. Son unique crédit de catalogue paraît habité par cette idée simple et féconde: certaines fictions familiales, locales ou populaires ne sont pas des souvenirs, mais des pièges. Elles attendent d'être répétées pour reprendre possession du présent.

Cette orientation dialogue avec le folk horror, non comme retour décoratif aux rites et aux villages, mais comme logique de communauté. Le mal n'a pas toujours besoin d'un autel ou d'une forêt. Il peut tenir dans une habitude, une phrase transmise, une règle que personne ne justifie plus. Gómez Aparicio semble comprendre que la tradition devient terrifiante lorsqu'elle cesse d'être expliquée. Elle pèse alors comme une évidence, et l'évidence est l'une des formes les plus efficaces de la menace.

Le nom et la langue suggèrent une proximité avec les cinémas de l'aire hispanophone, sans réduire le cinéaste à une origine non précisée. Dans cette zone, l'horreur a souvent pris appui sur la famille, le catholicisme, la culpabilité, la mémoire des violences et le poids des maisons. Gómez Aparicio paraît s'inscrire dans cette veine de façon resserrée. Il ne s'agit pas d'aligner des symboles, mais de faire sentir qu'un personnage entre dans une histoire qui n'a pas commencé avec lui.

Les années 2020 ont donné une visibilité nouvelle à ce type de récit: court, tendu, attentif aux héritages empoisonnés. Le danger, dans ces films, est de trop expliquer le mythe. La force possible de Gómez Aparicio est ailleurs. Elle tient à la suggestion, à la façon de laisser une croyance agir sans la transformer en fiche de folklore. Le spectateur n'a pas besoin de tout savoir. Il doit surtout sentir que ceux qui savent se taisent pour une raison.

On peut également rapprocher son travail du film de possession, si l'on élargit la possession à ce qui s'empare des gestes et des récits. Être possédé, ce n'est pas seulement parler avec une autre voix. C'est parfois répéter la peur de ses parents, rejouer une faute de village, obéir à une mémoire qui s'est déguisée en destin. Cette lecture donne au cinéma de Gómez Aparicio une profondeur plus sombre que le simple affrontement entre victime et force surnaturelle.

Sa mise en scène, telle qu'elle se devine, préfère sans doute la densité au bruit. Un visage fermé peut contenir tout un passé. Une table familiale peut devenir un tribunal. Une porte ouverte sur la nuit peut valoir davantage qu'une apparition frontale. L'horreur travaille par charge symbolique, mais sans perdre sa matérialité. Elle reste dans les corps, dans les lieux, dans les objets que personne n'ose déplacer.

Pour CaSTV, Felipe Gómez Aparicio représente un point important de l'horreur contemporaine: le retour des récits hérités comme machines à inquiéter le présent. Son cinéma rappelle que le folklore n'est pas une collection d'ornements. C'est une politique des morts, des vivants et de ce que les communautés exigent de ceux qui veulent sortir du cercle. Quand le genre est pris avec cette gravité, il cesse d'être un décor. Il devient une mémoire qui mord.

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