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Douglas Hickox - director portrait

Douglas Hickox

Si l'on veut comprendre ce que le cinéma britannique populaire a pu produire de plus nerveux au tournant des années 1970, il faut revenir à Theatre of Blood de Douglas Hickox, comédie macabre d'une insolence splendide où Shakespeare, le grand-guignol et la satire des milieux culturels se retrouvent dans une même chambre d'échos. Hickox n'est pas toujours placé au centre des histoires officielles, mais son meilleur travail rappelle combien les artisans du cinéma de genre britannique savaient manier la violence, le rythme et le mauvais goût avec une liberté aujourd'hui presque perdue.

Son parcours traverse l'action, le thriller, le film de guerre, l'horreur et l'aventure. Cette mobilité explique en partie pourquoi sa signature semble moins immédiatement identifiable que celle de certains contemporains. Pourtant, un trait revient: Hickox aime l'efficacité qui a du panache. Il ne se contente pas de faire avancer une intrigue. Il cherche le plan un peu plus mordant, l'accélération juste, l'éclat de cruauté ou d'ironie qui donne au spectacle une saveur plus singulière. Dans Sitting Target comme dans Theatre of Blood, on sent un cinéaste qui comprend que la brutalité doit avoir une forme.

Ce qui frappe chez lui, c'est l'absence de respect mal placé envers les catégories. Hickox travaille dans le cinéma de genre comme dans un terrain vivant, non comme dans un musée des codes. Il sait qu'un film peut être à la fois raffiné et vulgaire, élégant et féroce. Theatre of Blood en fournit l'exemple idéal. Le film est porté par l'immense cabotinage de Vincent Price, mais la réussite ne tient pas à la seule performance. Elle tient à une mise en scène capable de faire coexister la flamboyance du meurtre, le plaisir théâtral et une vraie jubilation de l'exécution narrative.

Il y a aussi, dans son cinéma, une qualité très anglaise de sarcasme. Le prestige social, l'institution culturelle, la hiérarchie de bon goût y apparaissent souvent comme des cibles naturelles. Hickox ne fait pas un cinéma théorique de la lutte des classes, mais il aime manifestement égratigner les mondes qui se croient à l'abri derrière leur décorum. Cette veine satirique donne une pointe supplémentaire à son travail dans le genre, en particulier lorsqu'il s'agit de confronter des univers policés à une violence plus primitive, plus outrée, plus franchement spectaculaire.

Comme beaucoup de réalisateurs actifs dans l'industrie, il a aussi signé des œuvres moins mémorables. Cela ne doit pas masquer sa valeur. Le cinéma populaire a besoin qu'on le juge à hauteur de ses formes et non à travers le seul culte de l'auteur homogène. Hickox savait tenir un film, soutenir une tension, mener un acteur, exploiter un concept sans le laisser retomber. Ce sont des qualités cardinales, trop souvent traitées comme de simples compétences techniques alors qu'elles relèvent d'une véritable intelligence du médium.

Son travail éclaire également une époque où le cinéma britannique savait être plus irrévérencieux, plus râpeux, moins obsédé par le prestige patrimonial. Il y avait de la série B, bien sûr, mais une série B capable d'invention, de violence stylisée, de drôlerie venimeuse. Hickox fait partie de cette histoire-là, celle d'un artisanat énergique qui ne demandait pas la permission pour être excessif.

Douglas Hickox mérite donc davantage qu'une note de bas de page. Ses meilleurs films rappellent qu'entre le grand auteur célébré et le faiseur anonyme existe une catégorie décisive: celle des metteurs en scène qui comprennent intimement ce que le genre permet, ce que le public attend et ce qu'un peu de cruauté bien administrée peut faire naître comme plaisir de cinéma.

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