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Dominique Fumeaux - director portrait

Dominique Fumeaux

Le crédit suisse de Dominique Fumeaux appelle une horreur de brouillard, de précision et de malaise contenu, bien avant toute mythologie de monstre. La Suisse, au cinéma, porte souvent une image de neutralité, d'ordre, de paysage tenu. L'horreur y gagne justement lorsqu'elle fissure cette surface. Ce qui inquiète n'est pas le chaos visible, mais l'excès de calme, la propreté des lieux, la sensation qu'une règle tacite gouverne tout sans jamais se nommer.

Fumeaux n'apparaît ici qu'une fois dans le catalogue, mais ce chiffre bref convient à une lecture de détail. Dans le cinéma d'horreur, la Suisse n'a pas besoin d'une production massive pour produire des effets singuliers. Son imaginaire peut travailler la montagne, le village, l'institution, la famille, les frontières linguistiques, les silences d'une société qui préfère l'ordre à la confession. Un cinéaste à crédit unique peut capter cette tension avec une force particulière.

Le contexte de la Suisse ouvre aussi un rapport spécifique au paysage. La montagne, dans l'horreur, n'est jamais seulement sublime. Elle isole, elle écrase, elle conserve. Elle transforme la beauté en menace verticale. Le village peut sembler paisible, mais cette paix ressemble parfois à un pacte. Le spectateur comprend vite que les lieux trop rangés sont souvent les plus dangereux, parce qu'ils ont appris à cacher leur violence sous une apparence de bonne gestion.

Depuis les années 2010, le fantastique européen a beaucoup travaillé cette idée d'un malaise sous surface. Les films n'annoncent pas toujours la peur par la nuit ou le sang. Ils la laissent monter dans des intérieurs nets, des conversations retenues, des paysages dont la beauté devient presque hostile. Dominique Fumeaux, dans cette perspective, représente une entrée possible vers une horreur de la retenue: moins de fracas, plus de condensation.

Le nom même, Fumeaux, évoque en français une matière volatile, une fumée, une disparition partielle. Il faut se garder d'en faire une preuve, mais la résonance fonctionne bien pour un cinéaste de l'effroi. L'horreur suisse ou francophone peut trouver sa force dans ce qui n'est pas entièrement visible: une rumeur, une brume, un non-dit, une mémoire familiale dont personne ne veut prononcer le contenu. Le monstre n'a pas toujours besoin de surgir. Il suffit parfois que l'air devienne suspect.

Le folk horror offre un autre angle si l'œuvre touche aux communautés isolées ou aux traditions locales. Ce sous-genre devient particulièrement fort lorsqu'il quitte l'exotisme pour observer la violence tranquille des coutumes. En Suisse, l'idée d'un rite enfoui dans un décor ordonné prend une force singulière: elle met en crise l'image d'un pays stable, administré, raisonnable. Le fantastique devient alors une méthode pour faire parler ce que l'ordre social maintient sous scellés.

CaSTV conserve Dominique Fumeaux comme un point de tension discret dans son atlas de l'horreur. Il ne faut pas gonfler l'entrée au-delà de ce qu'elle donne: un seul crédit, un pays, un nom. Mais il serait tout aussi dommage de la négliger. Le genre se nourrit de ces présences rares qui déplacent l'attente. Avec Fumeaux, l'effroi se pense comme une fumée dans une pièce trop propre, une altération légère qui finit par rendre tout l'espace irrespirable.

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