Didier Pigeon-Perreault
Didier Pigeon-Perreault porte dans son nom une double appartenance très québécoise: le prénom francophone, le patronyme composé, cette manière de situer d'emblée une signature dans une langue et dans une géographie culturelle. Avec un seul crédit au catalogue, il arrive moins comme figure installée que comme trace locale, mais l'horreur s'est toujours nourrie de ces traces. Le genre a besoin de noms qui surgissent depuis des scènes régionales, des tournages modestes, des envies de cinéma qui ne passent pas par les grands centres de légitimation.
Dans un contexte montréalais ou québécois, même quand le pays n'est pas explicitement renseigné, un nom comme celui-ci fait entendre des échos de Canada francophone. Ce n'est pas une réduction identitaire. C'est une piste de lecture. L'horreur d'ici, quand elle se dégage des modèles américains, travaille souvent le froid moral, la famille, les lieux périphériques, la langue comme espace de proximité et d'inconfort. Elle sait que la peur n'a pas besoin d'un château. Un sous-sol, un rang, un chalet trop silencieux peuvent suffire.
La singularité de Didier Pigeon-Perreault tient aussi à cette échelle d'un seul crédit. On ne peut pas parler d'une oeuvre au sens plein. On peut parler d'une entrée dans le champ, d'un geste qui rejoint une circulation plus vaste. Les cinéastes de genre ne se présentent pas toujours avec des manifestes. Ils apparaissent parfois par un court, une contribution, un film autoproduit, une collaboration qui laisse au catalogue une empreinte modeste mais réelle. Ce sont ces empreintes qui donnent au cinéma d'horreur sa profondeur d'écosystème.
On peut penser son territoire à partir du cinéma indépendant et du court métrage, deux espaces où la peur se travaille souvent par compression. Quand les moyens sont limités, la mise en scène doit choisir: un décor fort plutôt que dix décors faibles, un son précis plutôt qu'une explication, une apparition bien placée plutôt qu'une avalanche de signes. Cette discipline convient au genre. Elle lui rappelle que l'angoisse est d'abord une affaire de durée, de regard et de retenue.
Depuis les années 2010, les scènes locales de l'horreur ont gagné en visibilité sans perdre complètement leur rugosité. Les festivals spécialisés, les plateformes et les bases comme CaSTV permettent à des noms moins exposés de ne pas disparaître après une seule projection. Ce travail de conservation n'est pas administratif. Il est critique. Il affirme que le cinéma de genre se comprend aussi par ses essais, ses bifurcations, ses films qui existent à côté des grandes machines.
Didier Pigeon-Perreault doit donc être lu dans cette logique de proximité. Sa présence n'appelle pas un portrait gonflé, mais une attention à ce que peut signifier une signature francophone dans l'horreur contemporaine. Il y a, dans le genre, une force particulière des accents, des noms de lieux, des idiomes. La peur devient plus concrète quand elle parle depuis une langue précise. Elle cesse d'être une formule importée pour redevenir une expérience située.
La fiche CaSTV de Didier Pigeon-Perreault sert ainsi de balise. Elle pointe vers une horreur faite à hauteur de territoire, possiblement discrète, possiblement rude, mais nécessaire à la vitalité du champ. Un seul crédit ne ferme rien. Il ouvre une possibilité: celle d'un cinéma où le local n'est pas un repli, mais une façon de rendre le malaise plus proche, donc plus difficile à esquiver.
