Dawid Nickel
Avec The Getaway King, Dawid Nickel se signale moins par une fascination pour le fait divers que par une compréhension très précise de l'énergie nerveuse qui circule entre mythe populaire, masculinité et autodestruction. Ce n'est pas un cinéaste de la légende héroïque. C'est un cinéaste de la fuite, du récit qui court plus vite que ceux qui l'habitent. Inscrit dans les Années 2020 tout en héritant de certaines tensions du cinéma polonais des Années 2010, il travaille un présent où la vitesse n'apporte aucune délivrance.
Nickel filme des corps qui veulent échapper à l'ordre, mais qui portent déjà l'empreinte de ce qu'ils fuient. Cette contradiction donne à son cinéma une dureté très contemporaine. Le mouvement n'y est pas synonyme de liberté. Il est souvent le symptôme d'une impasse, une manière de différer la chute plutôt que de l'éviter. De ce point de vue, son travail touche parfois à une zone limitrophe de l'horreur sociale: non pas la terreur surnaturelle, mais l'expérience d'un monde où les structures de pouvoir, de virilité et de désir fabriquent leurs propres monstres ordinaires.
Ce qui distingue Nickel, c'est sa manière d'articuler tension et désenchantement. Beaucoup de films sur des figures criminelles ou marginales s'abandonnent soit à la stylisation romantique, soit à la pédagogie sociologique. Lui refuse ce partage confortable. Il sait que l'excitation du récit existe, et il l'utilise. Mais il la contamine sans cesse par une conscience plus grave des conséquences, de la fatigue, du ridicule parfois tragique qui guette ces personnages. Le résultat est un cinéma qui avance vite tout en laissant apparaître la pourriture morale sous le vernis de l'élan.
Sa mise en scène possède une nervosité utile. Elle ne confond pas agitation et intensité. Nickel comprend que l'urgence visuelle doit être orientée par un regard sur les rapports humains. Les visages, les silences de travers, les alliances précaires, les moments où le groupe cesse de protéger et commence à dévorer: voilà où son cinéma trouve sa densité. Même dans les passages les plus mobiles, il reste attentif à la manière dont une communauté masculine s'auto-intoxique. Cette attention donne aux scènes une friction qui dépasse le simple suspense.
Dans la perspective de CaSTV, cette qualité n'est pas périphérique. L'horreur, après tout, ne commence pas toujours par le monstre visible. Elle commence parfois dans la logique collective qui rend le monstre banal, admissible, presque fonctionnel. Nickel filme précisément cette banalisation. Il montre des milieux où le charisme, la débrouille, la bravade et la peur se mêlent jusqu'à produire une atmosphère viciée. Le spectateur n'assiste pas seulement à une trajectoire criminelle. Il sent la formation d'un climat, d'une écologie morale où la catastrophe paraît inscrite dès le départ.
Il y a aussi chez lui une intelligence de l'ambivalence populaire. Le cinéma polonais récent a souvent été traversé par la question de la représentation des classes, des marges, des figures de survie. Nickel s'inscrit dans cet espace sans chercher la noblesse artificielle. Il accepte la vulgarité, l'instabilité, la contradiction. Cela donne à ses films une texture moins abstraite, plus exposée. Le monde qu'il filme est sale, bruyant, traversé d'affects rapides, mais jamais réduit à un décor de pittoresque social. On y sent des systèmes de croyance minuscules, des codes d'appartenance, des récits que chacun se raconte pour continuer d'avancer.
Dawid Nickel mérite donc d'être vu comme un cinéaste du mouvement malade. Ses films avancent, accélèrent, trébuchent, repartent, mais ils savent qu'aucune cavale ne guérit ce qui travaille déjà les personnages de l'intérieur. Cette lucidité, alliée à une mise en scène qui ne lâche ni l'énergie ni le coût humain de cette énergie, lui donne une place singulière. C'est un cinéma qui ne moralise pas, mais qui n'innocente rien. Et cette tension, dans le champ du genre au sens large, reste l'une des formes les plus durables du malaise contemporain.
