David Blyth
Partir de Death Warmed Up est la meilleure manière d'entrer chez David Blyth, parce que ce film concentre déjà son goût pour l'excès sale, l'énergie de série B et une forme d'humour malsain qui empêche l'horreur de se prendre pour une noblesse. Blyth appartient à cette génération de cinéastes qui ont compris qu'un cinéma de genre périphérique n'avait rien à gagner à jouer les élèves sages. Il vaut mieux pousser la matière jusqu'à son point de fermentation, accepter la crudité des moyens, transformer les limites de production en tempérament visuel. Chez lui, cette logique produit un cinéma franchement impur, souvent jubilatoire, toujours un peu fiévreux.
Le corps est son vrai terrain. Non pas le corps idéal, chorégraphié, mais le corps contaminé, percé, bricolé, remis en circulation sous une forme dégradée. Dans Death Warmed Up, comme dans d'autres travaux, Blyth s'inscrit dans un Horreur viscéral qui sait que la peur passe aussi par une attaque des frontières biologiques. Le sang, les fluides, les expériences ratées, les organismes transformés ne servent pas seulement à choquer. Ils composent une cosmologie de la corruption, une vision du monde où la modernité technique ne produit pas du progrès mais des déchets humains. C'est sale, oui, mais la saleté ici pense.
Cette pensée demeure cependant inséparable d'un esprit d'exploitation très assumé. Blyth ne cherche pas à anoblir ce qu'il fait par un discours extérieur. Il travaille à l'intérieur même des plaisirs du mauvais goût, des textures poisseuses et des ruptures de ton. C'est ce qui le rend précieux pour quiconque s'intéresse aux cinémas de marge des Années 1980 et Années 1990. Il ne prétend pas purifier la série B. Il en prend acte, puis la pousse jusqu'à un point où elle devient révélatrice d'une culture, d'un marché, d'une certaine façon de rêver le monstrueux depuis des économies de production limitées.
On oublie souvent à quel point la périphérie géographique change le rythme du cinéma de genre. Dans des contextes comme la Nouvelle-Zélande, longtemps tenue à distance des grandes machines industrielles, l'inventivité passe par d'autres voies. Il faut fabriquer une mythologie avec ce qu'on a sous la main : des laboratoires de fortune, des rues peu glamour, des acteurs qui jouent au bord de l'excès. Blyth tire justement sa force de cette absence de polissage. Ses films gardent quelque chose de local, de brut, d'un peu anarchique. Ils ne cherchent pas l'universalité propre. Ils avancent avec leurs coutures, leurs odeurs, leurs éclats.
Sa mise en scène n'a pas toujours la discipline des grands stylistes, mais elle possède mieux dans ses meilleurs moments : une poussée. Le film semble parfois courir plus vite que ses moyens, et cette précipitation produit un plaisir très particulier. On sent le désir de tout mettre à l'écran, de saturer le cadre de matière grotesque, d'idées tordues, de pulsions visuelles peu respectables. Le spectateur est pris dans une mécanique qui tient moins de la belle construction que de la contamination progressive. C'est précisément là que Blyth devient auteur, non au sens noble, mais au sens d'une cohérence de goût, d'une insistance dans le mélange de l'abject et du ludique.
David Blyth reste ainsi une figure importante d'un cinéma d'exploitation qui n'a pas renoncé à sa part de folie. Le regarder aujourd'hui, c'est se rappeler qu'une œuvre de genre peut être rugueuse, irrégulière, parfois grossière, et pourtant porter une vraie vision du monde. Son univers repose sur l'idée que les expériences humaines et scientifiques finissent souvent en charnier organique, mais que ce charnier peut encore produire une forme de comédie noire. Dans un paysage contemporain souvent trop lisse, cette vulgarité inventive a quelque chose de revigorant. Blyth ne demande pas qu'on l'excuse. Il demande seulement qu'on accepte d'entrer dans une fabrique du dégoût où l'énergie vaut plus que le raffinement.
