Dave Rodden-Shortt
Dave Rodden-Shortt donne l'impression d'un cinéaste qui aime les récits sous tension continue, comme si chaque scène devait être tenue un peu trop longtemps pour laisser apparaître son point de rupture. Dans les trois films de catalogue liés à Dave Rodden-Shortt, l'horreur semble être moins un catalogue d'effets qu'un art du resserrement progressif. La Horreur y avance à pas fermes: cadrer un espace, distribuer l'information, accroître la pression, puis laisser une faille s'ouvrir exactement là où le spectateur commençait à croire le terrain stabilisé. Cette discipline du suspense a quelque chose de très convaincant.
Rodden-Shortt paraît comprendre que la peur fonctionne souvent mieux quand elle reste attachée à une situation claire. Une maison, un groupe, une route, une décision impossible, et le film peut déjà commencer à mordre. Il n'est pas nécessaire de surcharger le récit d'explications ou de cosmologies. Ce qui compte, c'est la qualité du verrouillage. Plus le cadre est lisible, plus sa détérioration devient sensible. Ce type de cinéma relève d'une intelligence très ancienne du genre populaire, mais il demeure précieux à une époque où beaucoup d'œuvres confondent opacité et profondeur.
On pourrait situer cette approche dans la continuité des Années 2000 et des Années 2010, quand le cinéma de genre indépendant a beaucoup misé sur des dispositifs resserrés, des menaces localisées, des dynamiques de petit groupe. Rodden-Shortt semble appartenir à cette école de la pression exacte. Le film ne cherche pas l'immensité. Il cherche le bon angle d'écrasement. Cette modestie apparente peut produire de grandes choses, à condition que le réalisateur ait le sens du tempo et des seuils. Tout porte à croire que c'est là son terrain.
Il y a probablement aussi, chez lui, une attention particulière aux comportements de survie. La peur ne se mesure pas seulement à l'existence d'un danger, mais à la manière dont les personnages s'organisent mal face à lui. Qui prend l'ascendant, qui s'effondre, qui ment, qui comprend trop tard: l'horreur gagne beaucoup à cette micro-politique des réactions. Rodden-Shortt semble savoir qu'un récit tendu devient plus intéressant lorsqu'il traite la communauté provisoire des personnages comme un organisme fragile, toujours à deux doigts de se dissoudre.
Sans contexte national indiqué, Dave Rodden-Shortt peut être lu comme un praticien transnational du thriller fantastique serré, là où la mise en scène vaut avant tout par sa capacité à tenir un périmètre et à le rendre de plus en plus hostile. Ce n'est pas un territoire mineur. Bien au contraire. C'est souvent dans ces films à échelle réduite que le genre prouve le mieux sa précision artisanale, sa capacité à tirer d'une situation nette une expérience vraiment nerveuse.
Rodden-Shortt mérite l'attention parce qu'il semble défendre une idée sans vanité du cinéma d'horreur. Pas besoin d'habiller le film de discours sur sa propre importance. Il suffit de construire correctement la montée de tension, de donner au spectateur des repères concrets, puis de retourner ces repères contre lui. Cette économie du piège est une belle morale de mise en scène. Dans CaSTV, elle rappelle qu'une œuvre de genre peut rester modeste dans ses moyens tout en étant très ambitieuse dans son effet: réduire le monde à quelques coordonnées, puis montrer à quelle vitesse elles deviennent inhabitables.
