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Danis Goulet - director portrait

Danis Goulet

Night Raiders suffit à comprendre pourquoi Danis Goulet occupe une place si singulière dans le cinéma nord-américain contemporain. Très peu de films réussissent à faire tenir ensemble dystopie, mémoire coloniale, colère politique et sens aigu du récit populaire sans que l'un de ces éléments n'écrase les autres. Goulet y parvient avec une évidence presque brutale. Son cinéma, depuis le Canada et depuis une perspective autochtone trop rarement centrale, ne traite pas la science-fiction comme un simple futur de projection. Il s'en sert pour montrer que certaines violences ne sont pas à venir. Elles ont déjà eu lieu, et leurs structures continuent d'organiser le présent.

Cette intuition fait toute la force de Night Raiders. Le film n'invente pas un régime de contrôle pour le plaisir du worldbuilding. Il pousse jusqu'à la clarté dystopique des mécanismes historiques bien réels : enlèvement des enfants, surveillance, assimilation forcée, destruction des liens communautaires. La science-fiction y devient donc un instrument de lisibilité politique. Mais Goulet ne se contente pas d'illustrer une thèse. Elle fabrique aussi un vrai cinéma de tension, de fuite, de clandestinité, où la menace reste matérielle, proche, presque respirable. C'est là que son geste dépasse le programme.

Il faut souligner la manière dont Goulet filme les communautés. Là où tant de récits de survie s'en remettent à l'individu héroïque, elle construit des réseaux, des solidarités, des transmissions. Le collectif n'est pas idéalisé, mais il demeure la condition d'une résistance imaginable. Cette dimension distingue son travail d'une grande partie du cinéma de genre anglo-américain récent. Chez elle, l'enjeu n'est pas seulement de sauver une vie. Il est de préserver une mémoire, une langue, une possibilité de futur non colonisé. Cela donne à ses images une gravité que le thriller dystopique touche rarement.

Formellement, Goulet sait conjuguer lisibilité et densité. Son cinéma n'a pas peur du récit, ce qui est déjà une qualité. Mais il ne confond jamais clarté et simplification. Les cadres, les textures nocturnes, la circulation entre espace intime et territoire occupé, tout cela crée un monde où la pression politique devient expérience sensible. Même dans les moments les plus directement spectaculaires, la mise en scène n'oublie pas les corps, la fatigue, l'usure, la responsabilité. La violence n'est pas décorative. Elle pèse.

On comprend alors pourquoi son œuvre résonne largement dans les années 2020. Goulet propose une voie où le cinéma de genre retrouve sa capacité d'analyse sans perdre son pouvoir d'entraînement. Elle sait que l'imaginaire populaire peut servir autre chose qu'une répétition de schémas dominants. Il peut déplacer le centre, redistribuer la mémoire, forcer le spectateur à voir autrement ce qu'il croyait connaître. Des festivals comme Berlinale ou TIFF ont eu raison de reconnaître cette puissance.

Pour CaSTV, Danis Goulet est indispensable parce qu'elle rappelle que le futur du genre passe aussi par une réécriture de ses bases politiques. Son cinéma n'emprunte pas la science-fiction pour fuir le réel. Il y retourne avec plus de netteté, plus de colère et plus de précision. À travers ses films, l'horreur institutionnelle cesse d'être une métaphore vague. Elle retrouve des noms, des visages, des dispositifs historiques. Et c'est précisément là, dans cette capacité à faire du genre une machine de mémoire et de combat, que Goulet impose une œuvre déjà majeure.

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