Colin Hanks
Avec ses documentaires sur des mythologies populaires américaines, Colin Hanks occupe une place intéressante et un peu trompeuse. À première vue, son cinéma paraît éloigné du fantastique ou de l'horreur. Pourtant il travaille déjà un matériau que le genre connaît intimement: la fabrication des croyances collectives, la mélancolie des objets culturels et la manière dont une communauté projette sur des images, des lieux ou des enseignes une part de son désir de permanence. Hanks filme souvent ce moment où la culture de masse prend des allures de hantise douce.
Son meilleur geste consiste à traiter les archives et les souvenirs non comme des preuves froides, mais comme des surfaces affectives. Les récits que ses films recueillent ne parlent pas seulement de faits. Ils parlent d'attachement, de perte, d'idéalisation, parfois d'une Amérique qui n'existe plus que comme récit partagé. Cette dimension mémorielle est essentielle. Elle fait basculer le documentaire hors de la simple restitution. On entre dans une zone où l'histoire populaire ressemble à une séance de spiritisme menée avec des vinyles, des enseignes ou des souvenirs de boutique.
Dans les États-Unis contemporains, cette approche a une vraie portée. Hanks saisit une culture obsédée par ses propres traces, par la préservation des marques d'une expérience commune, par la peur sourde que tout ce qui a compté se dissolve dans le flux. Son cinéma ne dramatise pas artificiellement cette angoisse, mais il ne la minimise pas non plus. Il montre que la nostalgie n'est jamais innocente. Elle organise une relation au passé, à la consommation, à la communauté, et parfois elle masque aussi des angles morts.
Ce regard donne à ses documentaires une proximité inattendue avec le thriller culturel. Non pas parce qu'il y aurait révélation criminelle à chaque coin de montage, mais parce que le film avance à travers des couches de mythologie, de déni et de désir collectif. Plus on écoute les témoins, plus on comprend que les objets de la culture populaire ont cessé depuis longtemps d'être de simples objets. Ils deviennent les réceptacles d'un imaginaire national entier, avec ses consolations et ses fantômes.
Hanks n'est pas un formaliste radical, et ce n'est pas ce qu'on lui demande. Sa qualité est ailleurs: dans la clarté de la narration, dans le tact avec lequel il laisse les souvenirs produire leur propre ambivalence, dans sa capacité à faire sentir qu'une enseigne familière ou un magasin de disques peut prendre valeur de relique. Ce tact vaut mieux que bien des démonstrations affectées. Il laisse apparaître le vrai sujet: ce que les sociétés perdent quand elles perdent les lieux où elles se racontaient à elles-mêmes.
Pour CaSTV, Colin Hanks compte comme cinéaste des hantises profanes. Entre les années 2010 et les années 2020, il a observé une Amérique qui se souvient à travers ses fétiches et qui découvre, parfois trop tard, que les objets culturels survivent souvent comme des fantômes de communauté. Le genre n'a pas le monopole des spectres. Hanks le montre à sa manière calme et très lisible: il suffit qu'un peuple regarde ses propres ruines commerciales avec assez d'émotion pour que le documentaire, soudain, commence à ressembler à une histoire de revenants.
