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Chris Sivertson - director portrait

Chris Sivertson

Avec The Lost, Chris Sivertson signe l'un des portraits les plus sales et les plus désespérés du nihilisme masculin américain contemporain. Il ne cherche ni la fascination chic pour le tueur, ni la psychologie de magazine. Il filme plutôt un vide moral actif, une bêtise toxique qui devient violence parce qu'aucune structure intérieure ne la limite plus. Le film est sec, venimeux, d'une laideur calculée, et c'est précisément ce qui le rend fort. Dans le horreur et le thriller criminel united-states, Sivertson appartient à une veine moins aimable que beaucoup, mais nettement plus corrosive.

Ce qui distingue son cinéma, c'est l'absence de romantisation. Les personnages qu'il met en avant peuvent être séduisants socialement, manipulateurs, verbalement brillants à l'occasion, mais le film ne les habille jamais d'une grandeur noire flatteuse. Chris Sivertson comprend que le mal peut être minable, répétitif, médiocre dans son intelligence et néanmoins dévastateur. C'est une intuition importante, presque politique. Elle retire à la violence son prestige imaginaire pour la rendre à sa réalité la plus désolante.

Dans I Know Who Killed Me, œuvre plus baroque et longtemps mal comprise, il pousse plus loin encore son goût pour la fêlure identitaire, le dédoublement et la contamination visuelle. Le film a ses excès, mais ils sont intéressants précisément parce qu'ils refusent la propreté. Sivertson semble attiré par les récits où l'identité féminine devient le lieu d'une fracture, d'une projection ou d'une exploitation. Le risque est évident, mais il fait partie de sa zone de travail: filmer des mondes où le regard lui même est corrompu.

Cette corruption passe aussi par l'image. Chris Sivertson n'a pas peur du mauvais goût lorsqu'il devient symptôme. Couleurs agressives, éclairages artificiels, atmosphères poisseuses, banalité suburbainement monstrueuse, tout cela participe chez lui d'une esthétique du dérèglement moral. Dans les années 2000, alors qu'une partie du cinéma de genre américain cherche soit la respectabilité indé, soit l'efficacité pure, Sivertson choisit un entre deux plus instable. Ses films peuvent déplaire, mais ils laissent une odeur.

Il faut aussi noter son rapport aux espaces ordinaires. Bars, parkings, maisons, routes, motels, intérieurs sans âme: ce sont des lieux déjà usés, déjà contaminés par la promesse ratée d'une normalité américaine. Sivertson les filme sans nostalgie. Le cauchemar, chez lui, ne vient pas d'un ailleurs exotique. Il pousse au cœur du familier, dans un pays qui a laissé mûrir sa propre brutalité jusqu'à la rendre presque administrative.

Cette noirceur explique pourquoi son œuvre continue d'intéresser au delà de sa réception immédiate. Dans les programmations de festival ou dans les relectures critiques des films mal aimés, Chris Sivertson apparaît comme un auteur de la souillure psychique, quelqu'un qui prend au sérieux le potentiel répulsif de ses sujets. Il ne veut pas qu'on sorte propre.

Pour CaSTV, il représente une branche essentielle du cinéma américain désenchanté: celle qui refuse de séparer le crime de la médiocrité, la perversion de la vacuité, la violence du décor moral qui la rend possible. Son œuvre n'est pas confortable, et elle ne cherche jamais à l'être. Elle préfère mettre le spectateur devant une vérité plus basse et plus tenace: certains monstres ne viennent pas d'ailleurs, ils sont simplement l'ordure logique de leur milieu.

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