Chris McInroy
Death Metal expose d'entrée la manière de Chris McInroy : rapide, absurde, sanglante, parfaitement consciente de l'efficacité d'une idée simple poussée jusqu'à son point d'explosion. McInroy appartient à cette génération de cinéastes américains passés par le court métrage de genre, le circuit festivalier et la culture Internet, où l'inventivité visuelle doit s'annoncer vite et frapper fort. Chez lui, le gore n'est pas seulement un effet. C'est une ponctuation comique, un moyen de donner au récit une brutalité de cartoon qui le distingue des objets plus timides ou plus lisses.
Avec Bad Guy #2, il montrait déjà cette capacité à prendre un angle latéral sur les conventions du cinéma d'action et d'horreur. S'intéresser au second couteau, au corps interchangeable promis à une mort fonctionnelle, c'était refuser le point de vue héroïque pour préférer l'échelle du larbin sacrifiable. Cette idée, typiquement malicieuse, résume assez bien son cinéma. McInroy aime les mécanismes du genre, mais il les aborde depuis leurs coutures, depuis les places subalternes, les accidents, les déraillements.
Dans le paysage des États-Unis, son travail s'inscrit clairement dans les Années 2010 et 2020 du court de genre à haute circulation numérique. Cela pourrait produire des films purement opportunistes, calibrés pour la chute virale. McInroy vaut mieux que cela lorsqu'il est à son meilleur. Il possède un vrai sens du découpage, de la montée en absurdité et de l'objet visuel immédiatement mémorable. L'humour ne neutralise pas la violence, il l'accentue en la rendant soudain grotesque, presque euphorique.
Cette énergie le rapproche d'une tradition du Comédie horrifique où le plaisir naît de la collision entre sérieux de fabrication et bêtise sublime du concept. McInroy ne fait pas semblant de dépasser le genre. Il s'y jette avec une franchise de fan artisan, mais un fan qui comprend qu'un film, même très court, doit avoir une architecture. Il faut une entrée nette, une promesse, une variation, une décharge. Le tempo est son vrai talent.
On pourrait dire que ses films pensent en riffs, ce qui n'est pas surprenant lorsque l'un de ses titres les plus connus s'appelle Death Metal. Il y a chez lui quelque chose de musical dans la manière de faire monter l'intensité puis de la casser par une image idiote et splendide. Cette faculté à organiser la pulsation compte beaucoup dans un format où chaque seconde pèse.
Chris McInroy occupe ainsi une place précise mais réelle dans la culture du court métrage de genre. Il rappelle que l'ambition n'est pas forcément affaire de durée, et qu'une bonne idée n'est pas suffisante si elle n'est pas portée par une vraie science du rythme et du point de vue. Ses meilleurs films laissent l'impression d'une machine compacte, drôle et sanglante, lancée à pleine vitesse. C'est peu, et c'est déjà beaucoup.
