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Carina-Gabriela Dașoveanu

Le nom Carina-Gabriela Dașoveanu inscrit d'emblée une sonorité roumaine dans le champ de l'horreur, avec ce ș qui résiste à l'aplatissement et rappelle que les alphabets aussi portent une mémoire. Son unique crédit au catalogue ne se lit pas comme une simple donnée. Il ouvre vers un cinéma de l'Est européen où le quotidien peut se charger d'une inquiétude ancienne, presque minérale.

La Roumanie, même lorsque le contexte exact d'une production n'est pas détaillé ici, reste un horizon important pour penser Dașoveanu. Non pas la Roumanie de carte postale vampirique, saturée de clichés transylvaniens, mais celle d'un cinéma attentif aux institutions, aux appartements, aux familles, aux silences. Dans cette tradition voisine du cinéma roumain, la peur n'a pas besoin d'une crypte. Elle peut sortir d'une administration, d'une cour d'école, d'un immeuble gris, d'une conversation qui refuse l'émotion jusqu'à devenir monstrueuse.

Dașoveanu appartient par son crédit unique à une constellation de cinéastes dont la présence dans les bases de genre tient à un geste bref. Le court métrage est souvent le lieu où cette génération travaille avec le plus de liberté. Il permet d'éviter la psychologie complète, de ne garder qu'un moment de crise, de saisir une situation au point précis où elle cesse d'être réaliste. Dans ce format, la mise en scène doit avoir la netteté d'une lame: pas forcément spectaculaire, mais impossible à ignorer.

Ce qui intéresse, c'est la possibilité d'une horreur sociale sans discours lourd. Le cinéma d'Europe de l'Est a souvent filmé des corps coincés dans des systèmes. Le fantastique peut y surgir comme une conséquence logique, presque bureaucratique, de cette compression. Une femme attend un verdict. Une enfant apprend une règle. Un intérieur familial révèle qu'il est moins un refuge qu'un dispositif. La peur n'est pas ajoutée au monde. Elle est extraite de sa structure.

Les années 2020 ont rendu plus poreuse la frontière entre festival d'auteur et festival de genre. Une réalisatrice comme Carina-Gabriela Dașoveanu peut ainsi être reçue par des spectateurs qui viennent chercher l'angoisse, mais qui acceptent une forme moins démonstrative. C'est là que CaSTV joue son rôle: relier les objets qui ne rentrent pas toujours dans les catégories rapides. L'horreur n'est pas seulement la collection des monstres. C'est aussi la collection des pressions.

Le nom composé Carina-Gabriela ajoute une autre note, celle d'une identité qui ne se réduit pas à une marque. Dans un milieu où les cinéastes émergents disparaissent souvent derrière le titre de leur film ou le nom du programme qui les accueille, inscrire correctement un nom est déjà un acte critique. Dașoveanu n'est pas une variante exotique pour fiche internationale. C'est une signature à conserver, avec son accent, sa densité, son rythme propre.

Il faut donc parler d'elle avec précision mais sans monumentalité. Un crédit n'autorise pas une histoire totale. Il autorise un regard. Celui d'une cinéaste que l'on peut placer du côté des formes brèves, des peurs intérieures, des espaces sociaux qui enferment avant même que le fantastique n'intervienne. Si son œuvre s'élargit, cette notice deviendra un commencement. Si elle reste rare, elle gardera la valeur des apparitions: quelque chose a traversé le catalogue, assez nettement pour qu'on ne veuille pas l'effacer.

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