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Boris Szulzinger

Avec Mama Dracula, Boris Szulzinger occupe une place singulière dans l'histoire du cinéma belge : celle d'un cinéaste pour qui le macabre peut passer par la satire, le grotesque et une forme de mauvais goût très consciemment travaillé. On aurait tort de réduire cette position à une simple curiosité. Ce que Szulzinger apporte, c'est la preuve que le genre n'a pas toujours besoin de choisir entre sérieux morbide et parodie plate. Il peut exister dans une zone plus instable, où l'humour n'annule pas l'inquiétude mais la déforme, la rend plus collante, plus embarrassante, parfois plus perverse.

Le cinéma belge a souvent produit ce type de déplacement tonal. Entre surréalisme, cruauté sociale et goût de l'absurde, il a su générer des œuvres qui semblent légèrement désaxées par rapport aux grandes traditions voisines. Szulzinger s'inscrit dans cette lignée sans devenir un simple cas de folklore national. Son intérêt tient à la manière dont il exploite les codes populaires, ceux du vampire, de l'horreur sexy, de la comédie noire, pour faire apparaître un malaise plus profond : celui d'une société fascinée par ses propres artifices, ses rites de consommation, ses corps mis en circulation.

Il y a chez lui une vraie intelligence du mauvais goût comme méthode. Non pas le kitsch involontaire, mais le choix d'un excès qui dévoile quelque chose. Couleurs appuyées, effets outrés, jeu parfois volontairement instable : cette esthétique peut sembler légère à première vue, alors qu'elle relève d'une stratégie de dérèglement. Le bon goût rassure. Szulzinger, lui, préfère la contamination. Il crée des mondes où la surface glamour paraît déjà en décomposition. C'est cette tension qui fait la saveur étrange de ses films et les rattache à toute une histoire européenne du genre, celle qui accepte la vulgarité comme révélateur.

Son travail gagne aussi à être replacé dans les années 1970 et années 1980, moment où le cinéma de genre du continent circulait plus librement entre exploitation, expérimentation et production d'auteur. À cette époque, les frontières étaient moins propres qu'on ne le raconte aujourd'hui. Des cinéastes pouvaient passer par le thriller, l'érotisme, le fantastique ou la satire sans demander l'autorisation des gardiens du canon. Szulzinger appartient à cette économie de circulation. C'est ce qui le rend précieux à revoir aujourd'hui, quand tant de films ont peur de leur propre impureté.

Ce qui demeure surtout, c'est sa capacité à faire du corps un terrain de négociation comique et inquiétant. Chez lui, le désir n'est jamais tout à fait séparé de la prédation, la séduction de la mascarade, la féminité du dispositif théâtral. Cela produit des images qui peuvent faire rire, certes, mais d'un rire légèrement acide. On sent toujours qu'un système de domination ou de fantasme travaille sous la farce. Cette densité souterraine évite à ses films de se dissoudre dans la simple blague.

Pour CaSTV, Boris Szulzinger représente donc un cas exemplaire d'horreur belge latérale, audacieuse, pas toujours propre, mais bien plus inventive que nombre d'objets plus respectables. Sa place pourrait naturellement se penser entre la Belgique, les circulations du cinéma de minuit et l'écosystème de festivals comme Sitges ou Fantasporto. Le revoir aujourd'hui, c'est se rappeler qu'une partie essentielle du genre vit dans ses marges carnavalesques, là où le ridicule et le sinistre cessent d'être opposés. Szulzinger travaille précisément cette zone-là. Il sait que le rire, lorsqu'il devient un peu trop maquillé, finit toujours par montrer les dents.

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