BJ McDonnell
Avec Hatchet III, BJ McDonnell s'inscrit sans détour dans une tradition gore américaine qui préfère l'impact physique à la respectabilité de façade. Cette franchise est déjà une qualité. Dans le paysage des États-Unis au tournant des Années 2010, où une partie de l'horreur cherchait à se blanchir sous des dehors de prestige, McDonnell assume le carnage, la surenchère et la matérialité sanglante comme des éléments pleinement cinématographiques. Encore faut il savoir les tenir. Chez lui, l'énergie n'est pas seulement quantitative. Elle procède d'une vraie compréhension du corps comme surface d'inscription du genre.
Issu du monde de l'image, notamment comme directeur de la photographie, McDonnell apporte à sa mise en scène un sens aigu de la lisibilité. C'est décisif dans un cinéma de massacre, où l'excès peut vite devenir confus. Il sait que le gore ne produit son effet que si l'espace reste compréhensible, si le mouvement de la menace peut être suivi, si la violence apparaît comme un événement concret et non comme une bouillie de montage. Cette précision artisanale donne à Hatchet III une tenue que beaucoup d'imitations de slasher perdent en route.
Il faut aussi reconnaître ce que son travail dit d'une certaine fidélité au cinéma d'horreur populaire. McDonnell ne prétend pas dépasser le genre. Il le sert de l'intérieur. Cela implique un respect des attentes, certes, mais aussi une intelligence du plaisir spécifique qu'elles organisent : anticipation, tension, défoulement, invention meurtrière, sens du timing. Le slasher n'est jamais meilleur que lorsqu'il combine rituel et variation. McDonnell comprend cette mécanique et la pousse avec une sorte de professionnalisme brutal qui convient parfaitement à son univers.
Le cas de Slayer: The Repentless Killogy est intéressant pour une autre raison. En travaillant à la jonction du clip, de la performance musicale et du récit sanglant, McDonnell montre qu'il sait déplacer les codes du genre vers des formes plus hybrides sans les neutraliser. L'imagerie metal, chez lui, n'est pas un simple emballage. Elle prolonge une vision du monde où la violence est stylisée, oui, mais jamais rendue abstraite. Il y a toujours une lourdeur des corps, une texture de blessure, une matérialité agressive qui empêchent l'image de flotter dans le pur iconisme.
On pourrait reprocher à ce type de cinéma son absence de subtilité. Ce serait manquer l'essentiel. La question n'est pas de savoir s'il vise la nuance psychologique que d'autres formes du genre cultivent. La question est de savoir s'il atteint sa vérité propre. Chez McDonnell, cette vérité tient à la frontalité, à la continuité d'une certaine tradition splatter, à la conviction que le mauvais goût peut encore être une éthique contre l'aseptisation des images. Il y a dans cette position une honnêteté presque salubre.
BJ McDonnell compte donc comme représentant solide d'une horreur américaine qui n'a pas honte de ses viscères. Dans une plateforme comme CaSTV, cette présence importe. Elle rappelle que le genre ne se résume ni à l'ambiguïté psychique ni à la métaphore élégante. Il vit aussi de ses coups de hache, de ses excès de latex, de sa croyance un peu têtue dans le fait qu'un corps mis en pièces peut encore produire, s'il est bien filmé, une joie de cinéma très sérieuse.
