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Bastien Dubois - director portrait

Bastien Dubois

Le cinéma de Bastien Dubois se reconnaît d'abord par l'animation comme carnet de voyage, par ces images qui semblent garder la vibration du dessin, de l'aquarelle, du souvenir noté avant qu'il ne sèche. Dans CaSTV, son crédit déplace l'horreur vers une zone moins attendue: non pas le monstre frontal, mais l'inquiétude qui naît lorsque le monde dessiné conserve trop de traces, trop de couches, trop de mémoires superposées.

Dubois n'est pas un cinéaste du genre au sens étroit, et c'est précisément ce qui rend sa présence intéressante. L'animation, lorsqu'elle abandonne le confort du joli, peut devenir l'un des médiums les plus troublants du cinéma. Elle ne photographie pas le réel. Elle le recompose, le contamine, le fait trembler de l'intérieur. Dans le cinéma d'animation, un visage peut changer de matière, un paysage peut perdre sa stabilité, une couleur peut annoncer une peur que le récit n'a pas encore formulée.

Ce rapport à la matière donne à Dubois une place singulière dans une base d'horreur. Il rappelle que le fantastique ne commence pas toujours par une créature. Il commence souvent par une perception. Le dessin permet de rendre visible ce qui, dans la prise de vues réelle, resterait peut-être trop psychologique: l'épaisseur d'un souvenir, la violence d'une tradition, le malaise d'un regard posé sur l'autre. Chez lui, l'image n'est jamais purement illustrative. Elle pense.

La dimension voyageuse de son cinéma importe aussi. Dubois a travaillé sur des formes où le déplacement géographique devient déplacement moral. Regarder un pays, une culture, une cérémonie, ce n'est jamais neutre. Il y a toujours le risque de l'exotisme, mais aussi la possibilité d'une attention réelle, d'une rencontre avec des rites et des histoires qui résistent à la simplification. Cette tension touche de près le fantastique, surtout lorsqu'il s'intéresse aux croyances, aux morts, aux coutumes, aux traces collectives.

Dans un catalogue comme CaSTV, ce type d'entrée ouvre une respiration. L'horreur ne se limite pas aux couloirs sombres et aux tueurs. Elle peut passer par un dessin qui se défait, par une voix qui raconte trop calmement, par une image qui hésite entre document et hallucination. Les formes animées ont une longue histoire avec la peur: cauchemars de papier, silhouettes découpées, métamorphoses impossibles, corps rendus à une plasticité inquiétante. Dubois appartient à cette histoire par une voie plus méditative que spectaculaire.

On peut situer sa sensibilité dans les années 2010, moment où l'animation d'auteur a largement consolidé son dialogue avec le documentaire, l'essai personnel et les récits de mémoire. Cette hybridation a rendu possible une horreur plus douce en apparence, mais parfois plus tenace. Quand une image dessinée porte un témoignage, une disparition ou un rite, elle ne cherche pas seulement à séduire l'œil. Elle rend instable la frontière entre ce qui a été vu, ce qui a été raconté et ce qui revient hanter.

Bastien Dubois apporte donc à CaSTV une forme de hantise par la surface. Son cinéma rappelle que la peur peut être affaire de texture, de pigment, de montage sensible. Il ne s'agit pas de forcer son œuvre dans une case horrifique, mais de reconnaître que l'horreur a besoin de ces voisinages. Les images les plus inquiétantes ne sont pas toujours celles qui montrent le danger. Ce sont parfois celles qui donnent au monde l'air d'avoir été dessiné par quelqu'un qui se souvient de trop de choses à la fois.

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