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Bahram Beyzai - director portrait

Bahram Beyzai

Avec Bashu, le petit étranger, Bahram Beyzai signe l'un des plus beaux films iraniens sur l'exil intérieur, la guerre et la possibilité fragile d'une hospitalité entre mondes linguistiques, culturels et affectifs. Le film part d'une situation très concrète, un enfant déplacé par le conflit, une femme dans le nord du pays, une cohabitation improbable, et atteint une ampleur presque mythique sans jamais perdre le contact avec les gestes quotidiens. C'est là toute la grandeur de Beyzai : faire du symbole sans quitter la terre.

Figure majeure du cinéma et du théâtre d'Iran, Beyzai occupe une place à part dans l'histoire culturelle du pays. Il est à la fois penseur des formes, explorateur des traditions narratives persanes, et cinéaste profondément moderne dans sa manière d'interroger la représentation, le pouvoir, le récit national et les figures du féminin. Des Années 1970 aux Années 1980, puis bien au-delà, son oeuvre n'a cessé de mettre en tension l'histoire ancienne et l'actualité brûlante.

On a parfois tendance à réduire le cinéma iranien internationalement reconnu à certaines esthétiques du minimalisme ou de l'enfance morale. Beyzai déplace immédiatement ce cadre. Son cinéma est plus frontalement dramaturgique, plus hanté par les mythes, plus conscient des structures symboliques qui façonnent les sociétés. Cela ne signifie pas qu'il soit abstrait. Au contraire. Les corps, les maisons, les routes, les villages, les visages et les voix gardent toujours une présence très matérielle. Simplement, cette matérialité est constamment traversée par des strates de récit plus profondes.

The Travellers révèle admirablement cette puissance. Le film travaille le deuil, le rituel, la famille et la catastrophe avec une intensité formelle remarquable. Beyzai y montre combien la tradition peut être à la fois ressource symbolique et appareil de contrainte. C'est un trait fondamental de son oeuvre : ne jamais idéaliser l'héritage, mais ne jamais le traiter non plus comme un simple archaïsme à dépasser. Il s'agit plutôt de comprendre comment les récits anciens continuent d'organiser le présent, parfois contre nous, parfois pour nous.

Cette réflexion fait de lui une figure essentielle du Drame et du Cinéma d'auteur iraniens. Sa mise en scène, souvent précise et construite, porte une grande attention aux entrées, aux seuils, aux espaces de parole et de pouvoir. Qui peut parler ? Depuis quel lieu ? Sous quel masque ou quelle loi ? Ces questions, très théâtrales au meilleur sens du terme, donnent à ses films une dimension politique profonde. Le pouvoir y apparaît souvent comme un ordre de récit avant d'être un simple ordre policier.

Il faut aussi souligner sa manière de filmer les femmes. Beyzai leur a souvent donné une centralité dramatique et symbolique rare, en les inscrivant dans des configurations où elles portent, déplacent ou contestent les structures de mémoire collective. Cette attention ne relève pas d'un geste décoratif. Elle participe d'une réflexion plus vaste sur la transmission, la résistance et la capacité des sujets à reformuler les histoires qui les enferment.

L'exil académique et les contraintes politiques ont compliqué sa place dans l'histoire récente du cinéma iranien, mais n'ont pas diminué son importance. Bahram Beyzai demeure un auteur cardinal pour comprendre comment une cinématographie peut dialoguer avec son propre patrimoine littéraire, théâtral et mythologique sans cesser d'être ancrée dans les crises du présent.

Son oeuvre rappelle finalement qu'un grand cinéma national ne se construit pas seulement sur des styles exportables, mais aussi sur des artistes capables de penser profondément les récits qui fondent une culture. Chez Beyzai, le mythe n'est jamais un refuge. Il est un champ de lutte. Et c'est cette lutte, constamment rejouée entre histoire, forme et mémoire, qui fait de lui une figure majeure du cinéma mondial.

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