Axel Courtière
Axel Courtière évoque d'emblée une filiation francophone, et cette simple donnée importe déjà si l'on pense au rapport particulier que le cinéma français et francophone entretient avec le fantastique : moins porté vers l'exhibition du monstre que vers la contamination du quotidien, moins fasciné par la mythologie que par l'élégance trouble des comportements. Qu'il revendique ou non cette lignée, son travail paraît s'y raccorder par une attention au malaise discret, à la tension entre les surfaces policées et ce qui s'y fissure.
Le plus juste est sans doute de dire que Courtière travaille l'étrange à hauteur de relation. Ses films semblent moins intéressés par les systèmes cosmologiques que par la manière dont un corps, un couple, un groupe ou un lieu deviennent soudain inaptes à soutenir leur propre fiction de normalité. Cette échelle resserrée donne au fantastique une densité immédiate. Le spectateur ne contemple pas un ailleurs. Il voit de l'intérieur le présent perdre ses points d'appui.
La mise en scène participe fortement à cette impression. Le cadre n'accumule pas les signes. Il choisit, il isole, il laisse les objets et les distances parler. Une pièce trop calme, un déplacement trop calculé, une phrase qui tombe de biais : autant d'éléments qui préparent un basculement sans l'annoncer grossièrement. Courtière semble comprendre qu'en horreur, la puissance d'une scène dépend souvent de ce qu'elle laisse encore inemployé. Le hors-champ devient alors réservoir d'inquiétude.
Ce rapport au peu rejoint certaines des meilleures propositions de genre des années 2020. L'horreur y gagne quand elle cesse de confondre intensité et volume. Courtière paraît suivre cette leçon. Ses films ne cherchent pas à surécrire leur effet. Ils préfèrent l'infiltration. Quelque chose ne tourne plus rond, puis ce léger défaut d'alignement suffit à requalifier l'ensemble du monde visible. On ne sait pas toujours où finit le psychique et où commence le surnaturel, et cette incertitude devient précisément le moteur du trouble.
Les personnages, de ce fait, existent comme plus que des fonctions. Ils ont une opacité, une fatigue, parfois une sécheresse émotionnelle qui rendent la menace crédible. On sent qu'ils ne sont pas seulement confrontés à un danger extérieur, mais à leurs propres limites de lecture. Voir juste devient difficile. Interpréter devient risqué. Dans un tel cadre, le fantastique retrouve sa fonction la plus fine : faire sentir qu'une crise de perception est aussi une crise morale.
Si Courtière appartient à une circulation de formes entre France et autres territoires francophones, cela importe moins comme label que comme climat. Le goût pour la retenue, pour la précision tonale, pour une certaine noblesse du malaise y est palpable. Ce n'est pas le cinéma du vacarme. C'est le cinéma de la fissure.
Axel Courtière mérite ainsi l'attention pour cette sobriété active. Ses films rappellent que le fantastique n'a pas besoin d'en faire trop pour imposer sa nécessité. Il lui suffit parfois de décaler un regard, d'alourdir un silence, de faire d'une relation ordinaire le lieu même où le réel commence à se dérober.
