Anssi Kasitonni
Chez Anssi Käsitonni, il faut commencer par la Finlande vue depuis le garage, la VHS, le mauvais goût revendiqué et la joie obstinée de fabriquer malgré tout. Son cinéma semble parfois bricolé contre le bon sens, contre les hiérarchies du prestige et contre l'idée même qu'un film devrait s'excuser d'être fauché, bizarre, drôle et un peu pathétique. C'est précisément ce qui fait sa valeur dans le cinéma finlandais des années 1990 et des années 2000.
Käsitonni travaille à une échelle volontairement décalée. Ses films prennent souvent appui sur des passions minuscules, des sous-cultures locales, des figures de marginaux magnifiques, des objets de consommation culturelle démodés ou ridicules. Ce matériau pourrait nourrir un simple cinéma de la blague. Or il y a chez lui quelque chose de plus tendre et de plus révélateur. Le kitsch, la série Z, le bricolage amateur, la passion obsessionnelle y deviennent des manières de résister à l'ennui social, à la norme adulte, à l'idéal d'efficacité.
Son rapport à l'horreur et à la culture de genre est particulièrement intéressant. Käsitonni ne cherche pas à faire peur de façon orthodoxe. Il s'empare plutôt des signes du genre, de son iconographie, de son énergie adolescente, pour produire un cinéma de l'affection déviante. Monstres, séries B, accessoires grotesques, effets de fortune : tout cela compose un imaginaire où la passion du mauvais goût devient une forme de vérité populaire. On n'est jamais dans la parodie froide. On est dans l'amour cabossé des formes mineures.
Il faut aussi noter la dimension autobiographique ou semi-autobiographique qui traverse son œuvre. Chez Käsitonni, se filmer soi-même, filmer ses amis, filmer son environnement, ce n'est pas seulement une solution pratique. C'est une esthétique de proximité. Le film ne se dresse pas face au monde comme une œuvre finie et souveraine. Il pousse à même la vie, avec ses obsessions, ses humiliations et ses petites victoires. Cette proximité donne à son humour une gravité inattendue.
Visuellement, le charme vient souvent de l'écart entre ambition imaginaire et moyens matériels. Au lieu de cacher cette disproportion, Käsitonni l'exhibe. Il en fait même le moteur comique et affectif du film. On sent constamment le désir de cinéma à nu, débarrassé des protections industrielles. Cette nudité peut paraître maladroite à qui cherche la finition. Elle est au contraire très précieuse pour qui s'intéresse à ce qu'un film peut encore être lorsqu'il naît d'un besoin vital de faire.
Käsitonni appartient à une tradition nordique moins connue que les grandes lignes austères ou élégantes souvent associées à la région. Son monde est plus sale, plus drôle, plus fanatique, plus attaché aux marges culturelles. C'est une autre Finlande qui apparaît là, non pas mythique ou sublime, mais peuplée de collectionneurs, de rêveurs, de passionnés un peu perdus.
Anssi Käsitonni reste ainsi un cinéaste rare parce qu'il prend au sérieux les formes réputées mineures sans les sanctifier. Il filme la débrouille comme un mode de vie, le mauvais goût comme une énergie, l'amateurisme comme une politique secrète de l'attachement. Son cinéma rappelle qu'il existe une dignité profonde du bricolage, surtout lorsqu'il refuse de séparer la dérision de la tendresse.
