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Andrés Borghi - director portrait

Andrés Borghi

Avec No dormirás comme horizon de cinéphilie et avec ses propres travaux marqués par le goût de l'effet concret, de l'énergie numérique et de l'imaginaire pop, Andrés Borghi s'inscrit dans une tradition argentine du fantastique qui refuse de choisir entre bricolage et ambition. Son terrain n'est pas celui du prestige austère. Il préfère le plaisir franc du genre, mais un plaisir travaillé, pensé depuis les contraintes de production et la joie très sérieuse de fabriquer des images.

Borghi vient d'une culture où le cinéma de genre s'est longtemps construit contre l'économie dominante, souvent par débrouille, invention technique, circulation entre courts, clips, effets visuels et passion communautaire. Cette origine compte. Elle donne à son œuvre une énergie de laboratoire qui manque à beaucoup de films plus installés. Chez lui, l'enthousiasme pour les machines, les textures numériques, les monstres ou les distorsions visuelles n'a rien d'une coquetterie. C'est une politique artisanale du cinéma. Faire beaucoup avec peu, oui, mais surtout faire exister un monde à partir d'une volonté formelle.

Ce qui rend son travail attachant et parfois impressionnant, c'est qu'il ne se contente pas de citer les références du horreur ou de la science-fiction. Il comprend leur mécanique de désir. Le spectateur de genre veut être surpris, bien sûr, mais il veut aussi sentir la conviction qui anime l'image. Borghi sait créer cette conviction. Même lorsque les moyens restent limités, le film avance avec une franchise qui emporte l'adhésion. Il ne présente pas ses ambitions sous excuse permanente. Il les assume.

Dans le contexte Argentine, cette position a du poids. Le cinéma national est souvent regardé à travers ses grandes lignes réalistes, politiques ou intimistes. Borghi participe d'une autre histoire, celle d'une cinéphilie fantastique capable de dialoguer avec Internet, les effets spéciaux, la culture gamer, les formats courts et les communautés de fans sans perdre toute singularité locale. Ce dialogue produit des objets hybrides, parfois rugueux, mais souvent plus vivants que bien des films trop polis.

Il faut aussi souligner son rapport au rythme. Borghi comprend qu'un film de genre a besoin de propulsion. La mise en scène doit relancer sans cesse l'attention, ménager des surprises, gérer la promesse des images à venir. Cette intelligence du mouvement distingue les cinéastes qui aiment le genre de ceux qui le consomment simplement comme langage disponible. Chez lui, on sent le plaisir de construire, d'amener un plan jusqu'à son effet, de faire monter un dispositif jusqu'à son point de combustion.

Ce goût pour la fabrication le rapproche d'une tradition internationale de cinéma indépendant fantastique très active dans les années 2010 et années 2020. Mais Borghi y apporte une couleur propre: une alliance entre énergie latino-américaine, culture numérique et sens du spectaculaire artisanal. Le résultat n'est pas toujours lisse, et c'est très bien ainsi. Le genre a besoin de cinéastes qui préfèrent le risque à la finition inoffensive.

Andrés Borghi mérite donc d'être regardé comme un constructeur d'imaginaires. Son cinéma rappelle qu'une bonne idée visuelle n'est jamais pure décoration lorsqu'elle engage une façon de croire à l'image. Dans ses meilleurs moments, cette croyance redevient communicative. Elle nous ramène à quelque chose d'essentiel: le fantastique n'est pas seulement affaire de peur ou d'étonnement, mais de monde fabriqué avec assez de désir pour devenir provisoirement habitable. C'est une leçon simple, précieuse, et Borghi la met en pratique avec un sérieux réjouissant.

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