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Anastasiia Kashtalian - director portrait

Anastasiia Kashtalian

Dans l'imaginaire ukrainien d'après 2014, Anastasiia Kashtalian s'inscrit d'abord comme une figure à lire depuis un pays où l'image ne peut plus prétendre à l'innocence. Même lorsqu'une cinéaste ne dispose pas encore d'une filmographie abondante dans le catalogue, son contexte déplace déjà l'écoute. L'horreur y devient moins une décoration de genre qu'une manière de faire affleurer la peur comme condition quotidienne, historique, familiale.

Kashtalian appartient à cette zone encore peu cartographiée où le cinéma ukrainien rencontre les formes brèves, les essais de genre, les récits d'angoisse qui refusent la grande explication. On ne parle pas ici d'un folklore illustré pour touristes. On parle d'un territoire où la maison peut devenir archive, où le silence n'est jamais vide, où la forêt, la route ou l'appartement portent une charge de disparition. Le fantastique, dans un tel cadre, ne vient pas s'ajouter au réel. Il donne au réel une forme visible.

Le cinéma d'horreur aime les certitudes simples: il y a une menace, un lieu, une règle, une transgression. Mais Kashtalian invite plutôt à penser une peur instable, possiblement intime, possiblement politique, jamais entièrement réductible à l'un ou à l'autre. Ce genre d'approche compte particulièrement dans les années 2020, où la circulation des films courts et indépendants permet à des signatures venues de cinématographies fragilisées de rejoindre des publics spécialisés sans passer par les grands appareils industriels.

Le manque de crédits catalogués ne doit pas être confondu avec une absence de sens. Dans une base d'horreur, certains noms fonctionnent comme des promesses de champ, des points d'entrée vers des pratiques qui ne sont pas encore stabilisées. Kashtalian, par son appartenance ukrainienne, invite à imaginer un cinéma du seuil: seuil entre la chambre et le dehors, entre la mémoire et le cauchemar, entre le récit personnel et une angoisse collective qui déborde les personnages.

Ce qui serait intéressant chez elle, c'est précisément le refus d'une horreur trop propre. L'horreur ukrainienne la plus forte ne devrait pas ressembler à une simple importation de codes américains. Elle peut travailler avec des matières plus âpres: lumière naturelle, visages fatigués, espaces ruraux ou périurbains, objets ordinaires rendus inquiétants par leur persistance. Une icône religieuse, un rideau, une cave, une photographie peuvent contenir plus de trouble qu'un effet numérique. Ce n'est pas une esthétique de la pauvreté. C'est une éthique de la concentration.

La place d'une réalisatrice dans cette constellation pose aussi la question des corps exposés. Qui subit la menace? Qui la comprend avant les autres? Qui se tait parce que la parole serait trop coûteuse? Le genre, lorsqu'il est pris au sérieux, transforme ces questions en architecture. Il place les personnages dans des cadres qui révèlent les rapports de force. Il donne aux silences une valeur dramatique. Il fait du montage une manière de distribuer la peur.

Anastasiia Kashtalian compte donc moins comme un dossier fermé que comme une possibilité critique. Son nom appelle une attention aux futures apparitions, aux courts métrages, aux festivals, aux programmes collectifs où le cinéma de genre ukrainien se reformule. Pour CaSTV, cette présence a une valeur claire: rappeler que l'horreur n'est pas seulement un patrimoine de franchises et de classiques. C'est aussi une langue en train de se former dans des pays où le réel lui-même paraît déjà hanté, et où chaque image doit choisir comment porter cette charge sans la réduire.

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