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Amando de Ossorio - director portrait

Amando de Ossorio

On entre chez Amando de Ossorio par La noche del terror ciego, et l'on comprend immédiatement qu'il ne s'agit pas d'un simple artisan bis parmi d'autres. Les Templiers aveugles, avec leurs orbites vides, leurs chevaux spectraux et leur lenteur presque liturgique, appartiennent à cette imagerie qui dépasse le statut de créature pour devenir paysage mental. De Ossorio a donné au fantastique ibérique l'une de ses grandes visions durables, assez simple pour frapper aussitôt, assez singulière pour survivre aux modes.

Dans le cadre de l'Espagne, son cinéma occupe une place particulière. Il émerge à un moment où le genre européen pouvait encore inventer ses propres mythologies au lieu de recycler indéfiniment celles des autres. Les films de de Ossorio relèvent pleinement de cette liberté. On y trouve des châteaux, des ruines, des cimetières, des villages menacés, des jeunes gens imprudents, tout un vocabulaire familier de l'horreur. Mais ce qui les distingue, c'est le mélange entre pulsion d'exploitation et véritable sens de la vision.

Les Templiers de la série des Blind Dead sont un excellent exemple de cette force visuelle. Ils avancent lentement, ce qui pourrait sembler anti spectaculaire, et c'est justement ce qui les rend inquiétants. Leur menace n'est pas celle d'un prédateur nerveux. Elle tient à une persistance. Ils reviennent comme un vieux pacte qui n'a jamais cessé de réclamer son dû. Cette qualité quasi rituelle donne à de Ossorio une tonalité très différente des slashers ou des films de monstres plus immédiats. Il travaille volontiers avec le temps long de la peur.

Il faut aussi parler de l'érotisme et de la cruauté qui traversent son cinéma. Comme beaucoup de productions des années 1970, ses films participent d'un régime où le désir, la nudité, la vulnérabilité et la mise à mort circulent ensemble de manière parfois brutale. On peut évidemment y voir les limites d'une époque. Mais réduire de Ossorio à cette exploitation serait trop court. Son meilleur travail utilise précisément ces matériaux pour produire une atmosphère de décadence, de corruption morale, de retour du sacrilège.

Ce qui le rend attachant aujourd'hui, c'est aussi sa sincérité de genre. De Ossorio ne cherche pas à se protéger derrière l'ironie. Il croit à ses cavaliers morts, à ses ruines, à ses malédictions. Cette croyance, même quand les moyens sont inégaux, donne aux films une énergie que le pastiche n'atteint jamais. On sent un cinéaste qui sait l'importance d'une image fondatrice. Un cortège de morts vivants dans la nuit vaut parfois plus qu'une mythologie entièrement expliquée.

Dans l'histoire plus large du cinéma fantastique européen, il représente une branche très précieuse : celle de l'invention populaire. Pas le chef d'œuvre patrimonial poli par le consensus, mais l'œuvre qui circule longtemps par les copies usées, les séances tardives, la mémoire des amateurs. C'est un autre mode de survie, souvent plus vivant. Les grands festivals et la culture horrifique contemporaine l'ont d'ailleurs réévalué à juste titre, en reconnaissant que ses images avaient laissé une empreinte bien au delà de leurs conditions de production.

De Ossorio n'est pas seulement le père des Templiers aveugles. Il est le nom d'un certain courage visuel dans le cinéma de genre espagnol, celui qui ose fabriquer un mythe à partir de quelques éléments simples, puis le laisser contaminer toute une œuvre. Ses films ne sont pas parfaits. Ils n'ont pas besoin de l'être. Ils avancent avec leurs moyens, leurs scories, leurs splendeurs de nuit.

Regarder Amando de Ossorio, c'est retrouver un fantastique qui a encore le goût de la terre, de la pierre et des serments impies. Un fantastique de procession et de pourriture noble, où l'image la plus lente peut produire la peur la plus tenace.

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