Alexis Ducord
Le crédit unique d'Alexis Ducord dans CaSTV fait entrer un nom français par son timbre, mais non assigné à un pays par le contexte, dans une cartographie de genre où le trait le plus important reste l'acte de mise en scène. Ducord se présente comme une présence ponctuelle, et cette ponctualité convient à l'horreur. Le genre a toujours su travailler avec les éclats: un film, une scène, une idée de peur assez nette pour survivre à l'absence de grand récit biographique.
Dans le voisinage du cinéma d'horreur, un crédit isolé n'est pas une fiche pauvre. C'est une forme de concentration. Le regard ne peut pas se disperser dans les périodes, les influences déclarées, les retours critiques. Il doit se poser sur le film et sur ce qu'il active: la peur comme rythme, comme usage du hors champ, comme pression exercée sur un espace. L'économie devient une vertu possible. Ce qui manque en volume peut gagner en densité.
Ducord invite ainsi à penser la mise en scène comme un art de la retenue. Le cinéma de peur le plus efficace ne montre pas toujours plus. Il sait attendre, faire durer une image au-delà de sa fonction narrative, laisser une porte fermée devenir plus éloquente qu'une explication. La terreur n'est pas seulement l'instant où quelque chose apparaît. Elle est le temps pendant lequel le spectateur comprend que le film sait quelque chose qu'il ne dira pas encore.
CaSTV conserve ce type de signature parce que son projet dépasse la simple collection de titres attendus. Une base montréalaise dédiée au genre doit accueillir les classiques, mais aussi les noms qui forment le tissu moins visible de l'épouvante. Les années 2010 ont rendu cette attention indispensable. Le cinéma de genre s'est diffusé dans des formats multiples, avec des cinéastes qui passent par le court, le clip, l'animation, le drame noir ou le thriller, avant de toucher franchement au fantastique.
Le thriller est d'ailleurs un voisin naturel pour une présence comme celle-ci. Beaucoup d'horreurs contemporaines ne choisissent pas entre menace criminelle et trouble surnaturel. Elles installent une incertitude, et cette incertitude devient le cœur du film. Le spectateur ne sait plus si le danger vient d'une personne, d'un souvenir, d'un lieu, d'une folie ou d'une force plus ancienne. Cette hésitation, lorsqu'elle est bien tenue, produit une angoisse plus durable que le simple choc.
Il faut résister à l'envie de remplir les blancs. Alexis Ducord n'a pas besoin, dans cette note, d'être transformé en auteur total. Il suffit de reconnaître la fonction de son crédit: ouvrir une porte dans la mémoire CaSTV. Le genre est fait de ces portes. Certaines mènent à des filmographies entières. D'autres donnent sur une pièce unique, mais cette pièce peut contenir un climat, une menace, une façon de regarder les corps et les lieux.
Alexis Ducord apparaît donc comme un nom de passage, mais un passage qui compte. Il rappelle que l'horreur ne se mesure pas seulement à la quantité d'œuvres, ni à la visibilité industrielle. Elle se mesure à une capacité plus immédiate: faire basculer le réel sans le briser complètement. Dans cette bascule, un seul crédit peut suffire. Le spectateur entre, constate que l'espace a changé de loi, et comprend que le cinéma de genre tient souvent dans ce moment précis où le monde ordinaire commence à ne plus répondre.
