Alex Huston Fischer
Avec Save Yourselves!, Alex Huston Fischer a signé une apocalypse de poche où la fin du monde passe par le couple, le téléphone éteint et une menace presque absurde. Le film, coréalisé avec Eleanor Wilson, ne cherche pas la gravité cérémonielle du désastre. Il préfère l'embarras, la dépendance numérique, le décalage entre l'urgence cosmique et l'incompétence domestique. C'est précisément là qu'il devient intéressant pour l'horreur: dans cette incapacité très contemporaine à reconnaître le danger tant qu'il ne s'affiche pas correctement.
Fischer appartient à une génération de cinéastes américains pour qui le genre n'est plus une boîte séparée, mais un ton disponible pour diagnostiquer la vie quotidienne. Save Yourselves! relève de la comédie, de la science-fiction et du film de survie, mais sa mécanique est horrifique. Un couple se retire du monde pour se reconnecter à lui-même, et découvre que le monde a continué sans lui jusqu'à devenir hostile. La retraite thérapeutique se transforme en piège. Le refuge rural devient théâtre d'invasion. La bonne intention devient retard mortel.
Cette idée le place dans une zone voisine de la science-fiction horrifique, où l'altérité n'est pas seulement spectaculaire. Elle sert à révéler une faiblesse déjà présente dans les personnages. Les créatures de Save Yourselves! ont une dimension presque comique, mais le film comprend que le ridicule n'annule pas la menace. Au contraire, il la rend plus désagréable. Mourir à cause d'un monstre majestueux est une chose. Mourir parce que l'on a mal compris une situation idiote en est une autre, plus cruelle et plus proche de notre époque.
La mise en scène de Fischer travaille cette disproportion. Le danger est grand, mais les réactions restent petites, maladroites, affectives. Les personnages ne sont pas des héros, ni même des anti-héros flamboyants. Ils sont des sujets contemporains moyens, saturés de discours sur l'amélioration de soi, incapables de distinguer la déconnexion volontaire de l'aveuglement. La comédie d'horreur trouve ici sa fonction la plus juste: non pas détendre la peur, mais montrer que le monde peut devenir terrifiant parce que nous continuons à négocier avec lui comme s'il s'agissait d'un problème de couple.
Les années 2020 ont donné à ce type de récit une acuité particulière. Le sentiment d'apocalypse diffuse, la fatigue technologique, l'angoisse écologique et la fragilité des liens ont rendu le cinéma de genre plus domestique. Fischer saisit ce climat sans le charger de discours pesant. Il filme des êtres qui veulent bien faire, mais qui arrivent toujours trop tard dans la compréhension. Cette temporalité du retard est l'un des grands motifs de l'horreur contemporaine. Le spectateur sait avant eux, ou croit savoir, et cette avance devient une torture comique.
Il faut aussi reconnaître l'importance de la collaboration avec Eleanor Wilson. Le film fonctionne parce qu'il observe le couple de l'intérieur, sans mépris facile. Fischer ne fabrique pas seulement une satire des urbains déconnectés. Il montre la tendresse et l'insuffisance du même geste. Les personnages sont ridicules parce qu'ils sont humains, et humains parce qu'ils sont ridicules. L'horreur qui les entoure ne les grandit pas. Elle les expose.
Dans CaSTV, Alex Huston Fischer compte parce qu'il rappelle que la peur peut porter un sourire sans perdre son tranchant. Save Yourselves! transforme la fin du monde en test d'attention, et le résultat est moins léger qu'il n'y paraît. L'apocalypse n'y arrive pas comme un spectacle total. Elle arrive pendant que les personnages essaient de devenir de meilleures personnes. C'est une cruauté très moderne, et Fischer sait la filmer avec assez de douceur pour qu'elle fasse mal.
