https://cabaneasang.tv/fr/director/alex-de-la-iglesia/
Álex de la Iglesia - director portrait

Álex de la Iglesia

Il suffit d'entendre les cloches sataniques de The Day of the Beast pour savoir qu'Álex de la Iglesia ne filme jamais l'horreur comme un sanctuaire pur, mais comme une collision obscène entre religion, télévision, consommation, panique morale et pur plaisir de l'excès. C'est l'un des grands dynamiteurs du cinéma espagnol moderne. Son œuvre prend le grotesque au sérieux, non pour le purifier, mais pour montrer qu'il est déjà la vérité d'un monde saturé de bruit, de violence et de mauvais goût. Sur CaSTV, cette place est centrale. Peu de cinéastes ont autant fait pour rendre l'horreur ibérique à la fois populaire, malsaine et théoriquement fertile.

Depuis Acción mutante, de la Iglesia travaille comme un metteur en scène de catastrophe sociale. Les corps tombent, hurlent, se déforment, se battent pour de l'argent ou pour une idée absurde, et tout cela reste filmé avec une précision chorégraphique remarquable. Ce n'est pas du chaos improvisé. C'est un art de la surcharge. Chaque plan veut contenir trop de choses: satire politique, comédie noire, vulgarité médiatique, iconographie catholique, vitesse du cartoon et brutalité du film de genre. À ce titre, il est aussi proche du thriller que de l'horreur espagnole, mais il transforme toujours ces traditions en foire convulsive.

Le plus fort est que cette exagération n'empêche jamais le diagnostic. Au contraire, elle l'affine. Perdita Durango, The Last Circus ou Witching and Bitching montrent un cinéaste obsédé par les nations malades, les masculinités grotesques, les familles toxiques, les mythologies collectives devenues hystériques. Chez lui, l'Espagne est souvent un théâtre de possession profane. Le catholicisme y revient comme décor mental, la télévision comme machine à abrutir, le capitalisme comme grande messe grotesque. Cette matière est idéale pour CaSTV, parce qu'elle rappelle que l'horreur peut être carnavalesque sans perdre sa morsure.

Replacer de la Iglesia dans les années 1990 puis les années 2000 permet de mesurer sa singularité. Alors que beaucoup de cinémas de genre européens hésitaient entre citation postmoderne et prestige patrimonial, lui a choisi l'hyperbole vulgaire, la vitesse, le mauvais esprit, le mélange sans complexe. Cette stratégie a parfois produit des films inégaux, mais l'inégalité fait partie du geste. Un cinéma aussi chargé ne peut pas toujours viser le centre. Il a besoin du débordement. Quand cela fonctionne, le résultat est splendide: une mise en scène qui transforme la laideur contemporaine en opéra de foire.

Il faut aussi dire que de la Iglesia connaît trop bien les mécanismes du spectacle pour les fétichiser innocemment. Ses films adorent les images et s'en méfient en même temps. Ils comprennent que la société médiatique fabrique ses propres monstres et qu'elle les vend ensuite comme distraction. Voilà pourquoi son œuvre continue de parler au présent. Dans un monde de saturation numérique et de scandale permanent, son goût de l'hystérie paraît moins excessif qu'analytique. Il avait simplement vu plus tôt que beaucoup d'autres à quel point le ridicule moderne est déjà une forme de terreur.

Álex de la Iglesia reste donc indispensable pour qui veut penser ensemble l'Espagne, les années 1990, l'horreur espagnole et la comédie noire la plus rageuse. Il filme des foules, des perdants, des fanatiques, des couples en ruine, des institutions pourries, et il donne à chacun de ces éléments une énergie de cauchemar carnavalesque. Sur CaSTV, sa présence rappelle qu'une base d'horreur doit aussi savoir accueillir les œuvres qui rient trop fort, jurent trop fort et poussent le mauvais goût jusqu'au point où il redevient une lecture extrêmement sérieuse du monde.

Suggérer une modification