https://cabaneasang.tv/fr/director/alankrita-shrivastava/
Alankrita Shrivastava - director portrait

Alankrita Shrivastava

Chez Alankrita Shrivastava, le point de départ n'est pas l'horreur comme code, mais la vie des femmes dans un monde qui transforme le contrôle social en ambiance permanente. C'est un terrain très fort pour le cinéma, parce qu'il permet de comprendre que la peur ne relève pas toujours d'un genre identifié. Elle peut être l'air même que l'on respire, la somme des injonctions, des regards, des permissions accordées au compte-gouttes. Shrivastava filme précisément cet air toxique.

Son cinéma s'intéresse aux désirs féminins, à leurs stratégies de survie, à la violence plus ou moins visible qui les encadre. Il serait réducteur de n'y voir qu'un réalisme social programmatique. Ce qu'elle construit est plus complexe. Les espaces domestiques, les relations familiales, les cadres moraux et les hiérarchies de classe y fonctionnent comme un système de menace diffuse. Le spectateur de Horreur reconnaîtra là une logique fondamentale du genre : le lieu supposé protecteur peut être le premier appareil de domination.

Shrivastava sait très bien filmer ce paradoxe. Une maison, une chambre, un mariage, un tissu de solidarités peuvent contenir à la fois chaleur et suffocation. Rien n'est jamais simple, et c'est tant mieux. L'angoisse ne vient pas d'un extérieur démoniaque qui s'abattrait sur des vies innocentes. Elle naît de structures ordinaires tellement intégrées qu'elles passent souvent pour naturelles. Le cinéma a alors pour tâche de les rendre de nouveau visibles, donc insupportables. Shrivastava accomplit ce geste avec une grande précision.

Dans les Années 2010 et les Années 2020, cette approche a une force particulière. Alors que nombre de films sur l'émancipation féminine ont oscillé entre le didactisme et la pure célébration symbolique, Shrivastava conserve la contradiction, l'embarras, la matérialité des conditions d'existence. Ses personnages désirent, rêvent, négocient, mentent parfois, se heurtent sans cesse aux limites imposées par le monde. Cette densité humaine sauve ses films de tout simplisme. La violence des normes n'en est que plus nette.

Il faut aussi souligner l'intelligence du ton. Shrivastava ne traite pas ses récits comme des mécanismes de démonstration. Elle laisse vivre les situations, l'humour, la sensualité, les solidarités fragiles. C'est précisément parce que les films ne sont pas écrasés sous la thèse qu'ils font sentir l'étendue du contrôle. On voit ce que les personnages veulent sauver, ce qu'ils désirent encore, ce qu'ils risquent en cherchant un peu d'air. La peur prend alors une forme très concrète : celle d'un monde prêt à punir toute sortie de rôle.

Un horizon comme Inde ou une scène festivalière telle que Toronto aide à penser cette œuvre dans ses circulations contemporaines, mais il ne faudrait pas la neutraliser sous l'idée de cinéma important. Alankrita Shrivastava importe parce qu'elle sait faire du conflit entre désir et norme une matière de mise en scène, de rythme, de cadre, de respiration. Elle ne se contente pas d'illustrer une oppression. Elle la fait sentir dans la texture même de la vie quotidienne.

Alankrita Shrivastava mérite donc d'être lue comme une cinéaste de la claustrophobie sociale. Son œuvre rappelle avec force que l'horreur la plus ordinaire est souvent celle qui s'exerce au nom de la protection, de la morale ou de l'ordre domestique. En éclairant ce système sans perdre de vue le désir, la sensualité et les contradictions des vies qu'il enferme, elle produit un cinéma d'une lucidité rare et durable.

Suggérer une modification