Adam Green
Avec Hatchet, Adam Green ne prétend pas réinventer le slasher. Il fait quelque chose de plus malin et de plus frontal : il remet en circulation, avec une joie sanguinaire très consciente d'elle même, une certaine idée du cinéma d'exploitation américain. Le bayou, le tueur défiguré, les découpages gore, les effets pratiques exhibés comme des attractions, tout semble familier. Mais Green sait que la nostalgie ne suffit pas. Il faut aussi retrouver un rythme, une brutalité, un sens du gag qui permettent au passé du horreur de redevenir présent.
Venu des États-Unis, il appartient à cette génération qui a grandi en cinéphile de vidéoclub autant qu'en réalisateur. Cela s'entend dans ses films. Ils sont pleins de références, de clins d'œil, de fidélités affichées au slasher et au gore des années 1980. Pourtant, Green n'est pas seulement un collectionneur d'icônes. Il comprend que ce cinéma fonctionnait parce qu'il avançait sans honte, avec une simplicité presque ouvrière : installer des personnages, lancer la mécanique, tenir le ton, livrer les morceaux de bravoure. Hatchet et ses suites excellent précisément dans cette franchise.
Le personnage de Victor Crowley, sorte de revenant monstrueux du folklore local, résume bien l'approche de Green. La créature n'est pas psychologisée à outrance. Elle est d'abord une force de récit, un corps de massacre, un visage de légende populaire remis en circulation. Là encore, le cinéaste est moins intéressé par la profondeur psychologique que par l'énergie de la transmission générique. Comment faire revivre un type de monstre. Comment le rendre immédiatement lisible sans le vider de sa présence. Comment faire en sorte qu'une mise à mort soit à la fois répugnante, drôle et chorégraphiée.
Cette franchise n'empêche pas une vraie connaissance du ton. Green sait que le slasher le plus jubilatoire a souvent besoin d'une couche de comédie, non pas pour affaiblir la peur, mais pour mieux préparer l'excès. Ses dialogues, ses personnages secondaires, sa manière d'organiser l'attente montrent une compréhension très nette des plaisirs de public. Ce n'est pas un cinéma de distance ironique. C'est un cinéma qui aime ses matériaux et qui veut les partager. La différence est essentielle. Là où tant de productions méta regardent le genre avec condescendance, Green y retourne comme on retourne à un artisanat vivant.
Il a d'ailleurs prolongé cette position par d'autres projets, à l'écran comme dans l'écosystème du fandom horrifique. Ce rôle de passeur lui convient bien. Green n'est pas un théoricien en images. Il est un praticien passionné, quelqu'un qui sait que le cinéma de genre tient aussi à des communautés de goût, à des fidélités collectives, à une histoire du plaisir populaire que le prestige culturel a souvent mal regardée. Ses films parlent depuis cet endroit là, et c'est ce qui les rend immédiatement reconnaissables.
Cela ne signifie pas que tout se vaut dans son œuvre. Comme beaucoup de cinéastes attachés à un registre très codé, Green dépend fortement de la tenue du ton et de la vigueur de l'exécution. Mais lorsqu'il est en forme, il rappelle une vérité simple : le cinéma gore n'a pas besoin de se justifier pour exister. Il peut être outrancier, artisanal, bête au meilleur sens du terme, et pourtant extrêmement précis dans ses effets.
Dans les années 2000 et les années 2010, alors qu'une partie de l'horreur américaine oscillait entre remakes grisâtres et élévation prétentieuse, Green a maintenu une ligne plus sale, plus directe, plus joyeusement viscérale. Ce n'est pas une petite contribution. C'est le rappel qu'un genre survit aussi grâce à celles et ceux qui continuent de croire à la puissance d'un coup de hache bien préparé.
Regarder Adam Green, c'est retrouver un cinéma qui assume la tradition slasher sans la momifier. Beaucoup de sang, beaucoup d'humour, beaucoup d'amour du mauvais goût : la formule pourrait sembler simple. Entre de bonnes mains, elle devient une politique du plaisir.
