abcde Flash
Le crédit suisse d'abcde Flash dans CaSTV ressemble à un pseudonyme électrique, une suite de lettres élémentaires suivie d'une décharge, comme si le nom annonçait déjà une horreur de signal et d'apparition. C'est une entrée minuscule dans le catalogue, mais elle possède une étrangeté immédiate. Le genre aime ces noms qui semblent sortis d'un générique de nuit, à mi-chemin entre l'identité, le masque et le programme.
L'ancrage en Suisse déplace d'emblée l'imaginaire. On associe trop rarement ce territoire à l'horreur, ou alors par clichés de montagnes, de propreté inquiétante, d'ordre social parfaitement entretenu. Pourtant cette réserve apparente peut produire une peur très singulière. Plus un décor semble réglé, plus la fissure devient visible. Plus l'espace promet la neutralité, plus le moindre dérèglement prend une valeur morale. L'horreur suisse, quand elle surgit, a souvent quelque chose de froid, de précis, presque administratif dans sa cruauté.
abcde Flash se loge dans cette possibilité: une peur née de l'ordre lui-même. Le pseudonyme, avec sa mécanique alphabétique, suggère un rapport au code, au signe, à la séquence. Rien n'oblige à en faire une interprétation définitive, mais le cinéma de genre fonctionne souvent par affinités symboliques. Un nom peut orienter une attente, créer une couleur, préparer une écoute. Ici, on imagine moins le gothique humide qu'un fantastique de surface brillante, de lumière trop blanche, de bruit bref qui coupe une pièce en deux.
Dans les zones du cinéma expérimental, l'horreur n'a pas toujours besoin de personnages fortement dessinés. Elle peut travailler par impulsions, par rythmes, par collisions d'images. Un "flash" n'est pas seulement un éclat. C'est une violence temporelle. Il interrompt, expose, brûle la rétine, laisse une forme résiduelle. Cette idée convient particulièrement à une signature qui apparaît une seule fois dans le catalogue: non pas une trajectoire longue, mais une illumination courte, assez vive pour justifier sa mémoire.
Le crédit unique d'abcde Flash rappelle que les bases de données d'horreur ne doivent pas se limiter aux routes principales. Les marges européennes du genre sont pleines d'objets instables, de courts, de performances filmées, de productions hybrides, de gestes entre art vidéo et récit d'épouvante. Depuis les années 2000, cette porosité s'est accentuée. Les outils numériques ont permis aux cinéastes de fabriquer des peurs moins narratives, plus sensorielles, parfois plus proches de l'installation que du film classique.
Ce n'est pas une faiblesse. L'horreur a toujours été un laboratoire pour les formes impures. Elle accepte le mauvais goût, la répétition, l'accident, l'excès, mais elle accepte aussi la rigueur sèche du dispositif. Dans un contexte suisse, cette rigueur prend une saveur particulière. On peut y imaginer des espaces propres qui deviennent hostiles sans se transformer, des visages qui ne crient pas, des institutions qui ne menacent jamais directement mais organisent tout de même la disparition.
Pour CaSTV, abcde Flash vaut comme point de friction dans la cartographie habituelle. Le nom attire l'oeil, le pays déplace l'attente, le crédit unique resserre l'attention. Il ne faut pas remplir les silences avec une biographie inventée. Il faut plutôt conserver la puissance de cette apparition: une signature brève, peut-être liée à un geste très local, peut-être à un objet difficile à classer, mais suffisamment présente pour appartenir au paysage de l'horreur.
Une telle fiche dit quelque chose du genre lui-même. La peur ne vit pas seulement dans les grands récits nationaux ou les filmographies déjà commentées. Elle passe aussi par un éclat, un nom étrange, une entrée solitaire dans un catalogue montréalais. abcde Flash, à ce titre, porte bien son nom: une apparition courte, nette, et peut-être plus persistante qu'elle ne devrait l'être.
