Meilleurs Films Giallo
Le giallo n'est pas seulement un thriller italien avec un assassin ganté. C'est un régime de perception. On regarde mal, on se souvient de travers, on désire ce qu'il ne faudrait pas approcher, et la mise en scène transforme chaque couleur, chaque couloir, chaque reflet en piège potentiel. Le genre est né du pulp, bien sûr, mais il devient vite autre chose : une machine à styliser la paranoïa jusqu'à l'opéra malade.
Les meilleurs gialli tiennent moins à la résolution du mystère qu'à la manière dont ils dérèglent l'acte de voir. Bava invente une syntaxe visuelle, Argento la pousse vers le délire, et Fulci, Martino et Dallamano la contaminent chacun à leur façon. Au bout du compte, le regard est toujours déjà compromis.
Les films de cette liste
Les Frissons de l'angoisse 1975
Argento au sommet de sa maîtrise, où la partition de Goblin et le décor piégé rendent le regard lui-même dangereux. L'énigme compte moins que cette façon de vous apprendre à vous méfier de vos propres yeux.
Six femmes pour l'assassin 1964
Bava arrive le premier et donne au genre sa décadence de maison de couture et son culte des surfaces. Il filme la beauté comme une contamination, et tout le squelette du giallo est déjà là.
L'Oiseau au plumage de cristal 1970
Le premier film d'Argento est un modèle de témoin défaillant : un homme voit une agression à travers une vitre et reste prisonnier du détail qu'il a peut-être mal lu. L'indice entrevu prime toujours sur le crime résolu.
La Longue Nuit de l'exorcisme 1972
Fulci sort la forme des intérieurs chics pour la plonger dans un village rongé par la rumeur et la répression catholique. Il prouve que le giallo peut être socialement corrosif sans rien perdre de sa cruauté formelle.
The Strange Vice of Mrs Wardh 1971
Martino rend le désir et la menace indissociables, avec Edwige Fenech qui porte le film sur les nerfs et une élégance au bord du gouffre. Chez lui, le luxe finit toujours par sembler malade.
What Have You Done to Solange? 1972
Dallamano offre au genre une mélancolie que la plupart des réalisateurs évitaient, traitant son scandale de pensionnat avec une vraie tristesse. Ici les corps restent des blessures au lieu de devenir du décor.
Ténèbres 1982
Argento dans un registre plus clair, plus net, plus conscient de lui-même, où les murs blancs exposent chaque meurtre de façon clinique. C'est l'exemple le plus limpide du genre qui mute sans renoncer à son goût de l'excès.
Toutes les couleurs du vice 1972
Martino de nouveau, laissant cette fois la paranoïa occulte envahir la structure du giallo. Le film rappelle à quel point les frontières entre thriller, cauchemar satanique et angoisse psychique étaient poreuses dans l'Italie du début des années 70.
La Baie sanglante 1971
Le giallo réduit à sa mécanique : plus d'enquêteur amateur, plus de témoin fiable, seulement un héritage et treize morts qui s'enchaînent. Bava abandonne le gant noir pour la serpe, et le genre se découvre sans coupable unique.
Torso 1973
Tous les codes sont là : le foulard, l'indice mal vu, l'enquête menée par une étudiante plutôt que par la police. Puis Martino consacre trente minutes à un huis clos dans une villa, et invente au passage un autre genre.
L'Éventreur de New-York 1982
Sous la crasse, l'appareil du giallo tourne encore : un psychiatre à la place de l'amateur, une voix de canard au téléphone, un détail entrevu qui fait tout basculer. Fulci se sert de la forme pour salir celui qui regarde.
Hatchet for the Honeymoon 1970
Bava confie le récit à l'assassin dès la première minute, et le giallo perd son énigme pour devenir une affaire de mémoire bloquée. Un couturier pour mariées, un couperet, des voiles blancs : la haute couture comme scène de crime.
The Perfume of the Lady in Black 1974
Barilli garde le témoin qui doute de ses propres yeux et jette l'enquête par la fenêtre : Mimsy Farmer voit son enfance revenir par les miroirs. Le dénouement ne relève plus du policier mais du rituel, et il laisse un goût amer.
Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé 1972
Martino greffe le giallo sur Le Chat noir de Poe : un écrivain alcoolique, une épouse humiliée, un chat nommé Satan et un mur qui parle. Edwige Fenech débarque au milieu du film pour tout dérégler, et le huis clos conjugal fait le reste.
Terreur à l'opéra 1987
Argento pousse le principe fondateur du giallo jusqu'à l'aveu : des aiguilles sous les paupières pour que le témoin ne puisse pas détourner le regard. Voir devient le supplice, et le spectateur est logé à la même enseigne.
Phenomena 1985
Ici l'indice mal vu devient un asticot sous microscope, et l'enquête passe du gant noir à l'entomologie légale. Le giallo, jusque-là rationaliste, accepte la télépathie, le somnambulisme et un chimpanzé armé d'un rasoir.
Carole 1971
Fulci fonde son intrigue sur les rêves d'une patiente en analyse, si bien que chaque indice devient suspect. Morricone signe la partition, Rambaldi les chiens éventrés qui vaudront au réalisateur un procès pour cruauté animale.
La dame rouge tua sept fois 1972
Miraglia marie le giallo au gothique familial : un château hérité, une légende de sept meurtres, une silhouette en cape rouge. Au-dessus, les studios de mode et Barbara Bouchet ; en dessous, la crypte qui attend son dû.
Je suis vivant ! 1971
Le témoin est ici allongé à la morgue, paralysé, reconstituant sa propre disparition avant le premier coup de scalpel. Lado fait du giallo une fable politique : une élite qui se nourrit de la jeunesse, et Morricone qui compte les secondes.
Le Chat à neuf queues 1971
Le plus rigoureusement policier des Argento : un cruciverbiste aveugle et un journaliste démêlent neuf pistes jusqu'à un institut de génétique turinois. L'indice décisif s'entend au lieu de s'entrevoir, et Morricone en fait un thème.
Quatre mouches de velours gris 1971
Le détail mal perçu devient ici une image imprimée sur la rétine d'un cadavre : quatre mouches sur un pendentif. Argento clôt sa trilogie animalière avec un batteur, un maître-chanteur et Bud Spencer dans le rôle de Dieu, sans rire.
