Vittorio & Class 3 A (2023-24)
Vittorio & Class 3 A (2023-24) désigne moins un auteur solitaire qu'une situation italienne précise: une classe, une année scolaire, un geste collectif qui approche le cinéma comme une expérience de groupe. Cette précision change tout. On n'est pas devant la posture classique du cinéaste maître de son monde, mais devant une fabrication partagée, inscrite dans un temps court, presque administratif, celui d'une cohorte qui transforme l'apprentissage en image. Pour l'horreur, c'est un point d'entrée plus riche qu'il n'en a l'air.
Dans le cinéma italien, la peur a souvent été associée aux signatures fortes, aux visions immédiatement reconnaissables, aux architectures de style. Un collectif scolaire ou pédagogique vient déranger cette noblesse. Il rappelle que le genre commence aussi dans les exercices, les essais, les petits dispositifs où l'on découvre qu'un couloir peut devenir inquiétant si la caméra attend une seconde de trop. L'horreur n'est pas seulement une tradition patrimoniale. C'est une pratique que l'on apprend avec les mains.
Le nom même, Vittorio & Class 3 A (2023-24), garde la trace d'une communauté. Le chiffre, l'année, la lettre de classe: tout cela semble appartenir au monde ordinaire de l'école. Mais l'école, au cinéma de genre, n'est jamais un espace innocent. C'est le lieu des règles, des humiliations, des alliances secrètes, des peurs qui ne trouvent pas encore leur langage adulte. Qu'un projet vienne de là donne aussitôt une tension particulière. Le collectif peut filmer ce que le collectif sait déjà: la pression du groupe, la cruauté légère, le malaise de grandir sous le regard des autres.
Les années 2020 ont rendu plus visible ce type de production située, parfois courte, parfois fragile, mais souvent plus proche des affects réels que des machines très polies. Les outils sont accessibles, les images circulent vite, la grammaire de la peur est connue par des spectateurs très jeunes. Le défi n'est plus seulement d'imiter un code, mais de trouver ce que ce code révèle dans un milieu donné. Pour une classe italienne, cela peut passer par le quotidien: salle vide, néon, téléphone, escalier, terrain de sport, regard qui insiste.
Il faut donc prendre ce crédit au sérieux sans le déguiser en grande carrière. Sa valeur est ailleurs. Elle tient dans la possibilité d'un film d'horreur comme atelier de perception. Les élèves, ou les participants liés à ce nom collectif, apprennent peut-être que l'effroi n'est pas d'abord une affaire de monstre, mais de placement: où mettre la caméra, quand couper, combien de temps laisser un bruit sans explication, comment faire sentir qu'un lieu familier ne protège plus personne.
Cabane à Sang a raison de conserver ces entrées. Une base de cinéma de genre ne doit pas seulement célébrer les oeuvres installées. Elle doit aussi garder les traces des formes naissantes, des expériences locales, des gestes pédagogiques qui montrent comment la peur se transmet. Le cinéma d'horreur est une école parallèle depuis toujours. On y apprend à regarder les portes, les visages, les angles morts, les interdits. Une classe qui s'en empare ne fait pas seulement un exercice: elle rejoint une tradition d'attention inquiète.
Vittorio & Class 3 A (2023-24) devient ainsi un nom de passage. Il appartient à une Italie chargée d'images, mais il arrive par le bas, par la pratique collective, par le temps scolaire, par une signature qui ressemble davantage à une liste de présence qu'à une affiche de prestige. C'est précisément ce qui le rend intéressant. L'horreur, quand elle est vivante, sait reconnaître la menace dans les espaces les plus ordinaires. Une classe, une année, un groupe: il n'en faut pas beaucoup plus pour que le réel commence à se comporter autrement.
