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Vidovics Ádám - director portrait

Vidovics Ádám

Avec The Eggregores' Theory, Vidovics Ádám aborde de front un territoire que le cinéma hongrois contemporain fréquente rarement avec cette intensité: celui des croyances collectives, de la perception déformée et des systèmes symboliques qui finissent par dévorer le réel. Le titre lui-même annonce la couleur. Ici, les idées ne restent pas à l'état de concepts. Elles infectent les regards, contaminent l'espace et modifient la texture même du récit. C'est un cinéma qui prend au sérieux la puissance des fictions quand elles cessent d'être de simples histoires et deviennent des forces agissantes.

Le contexte Hongrie n'est pas décoratif. Vidovics Ádám travaille dans un paysage culturel où la mémoire historique, les anxiétés politiques et la tentation de la mythologie se croisent de manière particulièrement vive. Son cinéma semble comprendre que les croyances ne tombent jamais du ciel. Elles s'enracinent dans des milieux, des peurs, des héritages, des besoins d'explication. Cela donne à ses films une densité qui dépasse le simple jeu spéculatif. On n'est pas devant un puzzle intellectuel. On est face à une matière mentale et sociale qui se met à produire ses propres monstres.

Pour CaSTV, l'intérêt est immédiat. Vidovics Ádám appartient à ces auteurs qui savent faire naître l'horreur à partir d'une contamination de la pensée. Le monde qu'il filme n'est pas nécessairement envahi par une créature. Il l'est par des formes d'adhésion, de projection, d'obsession, de symbolisation excessive. Cette logique rejoint les meilleures traditions du cinéma psychological-horror et experimental, où le trouble vient d'abord d'un désordre dans les régimes de réalité. Le spectateur n'a plus de sol parfaitement sûr sous les pieds.

Sa mise en scène travaille cette instabilité avec méthode. Le cadre semble souvent tenir quelque chose en réserve. Les espaces ne sont jamais complètement lisibles. Le temps lui-même paraît se plier à des logiques de retour, de boucle ou d'insistance. Dans les années 2020, où beaucoup de films de genre se contentent d'illustrer des concepts déjà usés, Vidovics Ádám paraît chercher autre chose: une expérience de pensée qui soit en même temps une expérience sensorielle. Cette exigence est rare, et elle mérite d'être soulignée.

Il y a également chez lui une intuition très juste du collectif. L'esprit isolé ne suffit pas à produire l'angoisse. Il faut la communauté, ou du moins la possibilité qu'une communauté entière se mette à partager une forme d'illusion structurante. C'est là que son cinéma devient vraiment inquiétant. Il suggère que les idées, quand elles rencontrent des conditions propices, peuvent acquérir une quasi-autonomie, comme si elles vivaient d'elles-mêmes à travers ceux qui les accueillent. Peu de choses sont plus troublantes que cette hypothèse.

Voir Vidovics Ádám aujourd'hui, c'est donc entrer dans une œuvre qui regarde les mythes modernes comme des organismes capables de se reproduire dans les têtes et dans les lieux. The Eggregores' Theory en propose une version dense et stimulante. Entre Hongrie inquiète et années 2020 saturées de récits concurrents, il signe un cinéma où croire n'est jamais une opération innocente. C'est déjà une métamorphose.