Victoria Mapplebeck
Victoria Mapplebeck entre dans CaSTV avec un nom déjà associé, par sa sonorité et par l'histoire du documentaire britannique contemporain, à une pratique de l'intime filmé de près. Dans un catalogue d'horreur, cette proximité avec le réel change la nature du malaise. On n'attend pas forcément la créature. On attend le moment où l'image privée devient trop exposée, où la caméra, au lieu de protéger le sujet, révèle une fragilité que personne ne pourra reprendre.
Cette tension entre document et épouvante mérite d'être prise au sérieux. Le cinéma d'horreur ne se limite pas aux fictions de monstres. Il inclut aussi des formes où le réel lui-même devient inquiétant par excès de présence. La vidéo domestique, le journal filmé, l'écran d'ordinateur, la voix enregistrée, tout cela peut produire une peur très contemporaine. Non pas la peur de ce qui est faux, mais celle de ce qui est trop vrai, trop proche, trop conservé.
Mapplebeck, avec son unique crédit dans la base, occupe cette zone où la mise en scène semble pouvoir toucher à l'autobiographie, à la mémoire familiale, à la technologie quotidienne. Ce sont des matières que l'horreur des années 2010 et des années 2020 a profondément retravaillées. Le téléphone n'est plus seulement un accessoire. Il est une archive, un témoin, parfois un accusateur. L'image que l'on fabrique pour garder une trace peut devenir la preuve que quelque chose nous échappe.
Il faut imaginer l'intérêt de Mapplebeck non dans la surenchère, mais dans la précision. Un cinéma intime n'a pas besoin de couloirs gothiques pour devenir menaçant. Une chambre d'enfant, une conversation interrompue, une notification, un silence dans une vidéo familiale suffisent parfois à faire basculer le regard. L'horreur naît alors d'un léger déplacement: ce qui devait être banal devient impossible à regarder normalement. Le quotidien perd son innocence, non parce qu'un monstre y entre, mais parce qu'il révèle qu'il n'était jamais neutre.
Le lien avec le documentaire est essentiel. Dans le documentaire, la question de la présence est toujours morale. Qui filme? Qui accepte d'être filmé? Qui garde les images? Qui les regarde plus tard? Transposées dans un imaginaire horrifique, ces questions deviennent presque spectrales. Chaque enregistrement contient un retard. Il montre un moment qui n'existe plus, un corps qui a changé, une relation peut-être brisée. La hantise est déjà là, dans la logique même de l'archive.
La place de Victoria Mapplebeck dans CaSTV rappelle que l'horreur moderne a beaucoup appris des formats non fictionnels. Le faux documentaire, le found footage, l'essai personnel, la capture d'écran, tous ont déplacé la peur vers une zone plus instable. Le spectateur ne se demande plus seulement si ce qu'il voit est crédible. Il se demande pourquoi cette image existe, qui l'a gardée, et ce qu'elle fait à celui qui la regarde. Ce glissement est l'un des grands apports du genre récent.
Avec un seul crédit, Mapplebeck ne demande pas une canonisation hâtive. Elle demande une attention à la porosité des formes. Son nom signale que l'épouvante peut venir du même endroit que la tendresse: l'archive familiale, la parole intime, la caméra tenue à bout de bras. C'est précisément ce mélange qui trouble. Là où d'autres cinéastes construisent une distance, Mapplebeck suggère une proximité dangereuse. Dans le cadre de CaSTV, cette proximité fait d'elle une présence singulière, à la frontière du témoignage et du cauchemar.
