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Thanakorn Pongsuwan - director portrait

Thanakorn Pongsuwan

Avec Born to Fight et surtout The Snow White, Thanakorn Pongsuwan occupe une place singulière dans le cinéma thaïlandais : celle d'un metteur en scène qui comprend la ville moderne comme une zone de collision entre l'action physique, le crime et la décomposition morale. Son nom est moins immédiatement canonisé que d'autres, mais justement, il travaille dans un espace plus impur, plus nerveux, où les codes populaires se frottent à une perception très nette de la brutalité sociale. Ce n'est pas un cinéma de pure élégance. C'est un cinéma de pression.

On associe volontiers la Thaïlande contemporaine de cinéma à deux pôles très visibles : l'art contemplatif et l'horreur spectaculaire. Pongsuwan s'inscrit ailleurs. Il prend des formes populaires, souvent musclées, parfois excessives, et les pousse vers une sécheresse urbaine qui leur donne un autre poids. Même lorsque les récits paraissent avancer à vive allure, ils sont traversés par une inquiétude plus profonde : qu'est-ce qu'un corps vaut dans un système où la violence sert à la fois de monnaie, de divertissement et de langage politique officieux ? Cette question travaille son cinéma en sous-main.

Dans The Snow White, adaptation libre et dévoyée du conte, on voit bien sa méthode. Pongsuwan ne cherche pas à ennoblir le matériau. Il le plonge dans un environnement toxique, glamour par endroits, sordide à d'autres, et laisse le conte se corroder au contact d'une modernité agressive. Le résultat n'est pas du fantastique au sens classique, mais une sorte de cauchemar social où l'apparence, l'argent et la domination organisent les rapports humains. Ce geste le rapproche du thriller et du crime plus que du conte pour enfants, évidemment, mais il conserve de la fable l'essentiel : une cruauté structurante.

Ce qui rend Pongsuwan intéressant pour un regard CaSTV, c'est précisément cette capacité à faire surgir une sensation d'horreur à l'intérieur de dispositifs qui ne se revendiquent pas toujours frontalement comme horrifiques. L'abus de pouvoir, la corruption, l'exploitation des corps, l'humiliation mise en spectacle, tout cela produit chez lui un climat où la violence ne vient pas d'un monstre extérieur mais d'un ordre social déjà malade. Le horreur n'est jamais loin, même quand il reste à l'état de contamination. Certaines séquences donnent l'impression que le film tout entier pourrait basculer dans le cauchemar sans changer de décor.

Il faut aussi parler du mouvement. Pongsuwan sait filmer l'impact, l'élan, la casse. Mais ce goût du choc n'est pas qu'une affaire de chorégraphie. Il sert à montrer comment les personnages sont pris dans des circuits plus vastes qu'eux, qu'il s'agisse de réseaux criminels, de hiérarchies masculines ou de pressions économiques. Le corps est constamment exposé, utilisé, lancé contre le monde. Cette brutalité physique évite à ses films la joliesse de nombreux objets de genre policés. Ils gardent une rugosité qui vient autant de l'action que de la description d'un milieu.

Dans les années 2000, moment d'intense circulation des formes de cinéma de genre en Asie, Pongsuwan apparaît ainsi comme un artisan nerveux de la contamination. Il laisse l'action se teinter de noirceur, le polar prendre la forme d'une fièvre, le conte devenir une étude du pouvoir et de la prédation. Son style n'a peut-être pas l'aura critique des signatures les plus célébrées, mais il possède quelque chose de plus sale et parfois de plus révélateur : le sentiment d'un cinéma en prise avec la dureté des structures qui traversent la rue, la télévision, la masculinité et le spectacle.

Regarder Thanakorn Pongsuwan aujourd'hui, c'est donc retrouver une veine du cinéma populaire thaï qui ne s'excuse pas d'être frontale, mais qui n'abandonne jamais pour autant l'intuition sociale. Ses films ne demandent pas qu'on les sauve par un discours savant. Ils tiennent parce qu'ils voient juste : la ville comme dispositif de prédation, le récit comme course forcée, l'image comme surface séduisante déjà fissurée par la violence.

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