Michael Findlay
Avec Flesh Trilogy, Michael Findlay entre dans l'histoire du cinéma par un couloir sale, bruyant, mal éclairé, mais historiquement décisif : celui de l'exploitation new-yorkaise des années 1960 et 1970s, où l'érotisme, la violence, le sensationnel et la fabrication artisanale redessinent les frontières de ce qu'un public urbain est prêt à regarder. Il serait facile de le traiter comme un simple nom de bas-fond. Ce serait rater ce que son œuvre raconte du cinéma comme industrie opportuniste, laboratoire moral et terrain d'expérimentation brutale.
Findlay appartient à ce moment américain où Times Square et les circuits grindhouse transforment la marge en économie parallèle de l'image. Ses films ne valent pas d'abord par la pure maîtrise, encore moins par une respectabilité rétrospective artificielle. Ils valent parce qu'ils témoignent d'une zone où le cinéma se fabrique à la chaîne, à l'instinct, dans la concurrence, sous la pression du choc visuel. Chez lui, l'exploitation n'est pas un sous-genre honteux. C'est un mode de production qui imprime sa logique à chaque plan.
The Touch of Her Flesh et ses compagnons de cycle montrent bien ce mélange de pulsion commerciale, de misogynie spectaculaire, de psychose bricolée et de liberté technique. Le résultat est souvent brutal, parfois répulsif, mais jamais anodin pour qui veut comprendre les rapports entre sexe, violence et marché. Findlay travaille à la frontière du sexploitation et de l'horreur, dans une zone où le regard devient lui-même une marchandise agressive. C'est précisément pour cela qu'il faut le regarder lucidement, sans blanchiment.
Il ne s'agit évidemment pas de transformer son cinéma en trésor caché au sens noble. Une partie de son œuvre demeure crue, opportuniste, marquée par des réflexes de domination et de provocation qui appartiennent pleinement à leur époque. Mais cet ancrage historique est justement ce qui la rend intéressante. Findlay expose un état du cinéma où l'interdit n'est pas encore absorbé par le marketing culturel chic, où la transgression fonctionne comme argument de vente direct, presque nu. Cela produit une image du désir et de la peur profondément déformée, donc révélatrice.
Son parcours inclut aussi des documentaires et des travaux plus variés, preuve qu'il ne se réduit pas à une seule case, même si la réputation grindhouse l'emporte logiquement dans la mémoire cinéphile. Cette mémoire, toutefois, a souvent été sélective. Elle aime les survivants glamour de l'exploitation et oublie les figures plus troubles, moins élégantes à réhabiliter. Findlay appartient à cette seconde catégorie. Le regarder, c'est accepter une histoire du cinéma moins propre, moins téléologique, plus embarrassante.
Dans ce cadre, sa présence intéresse tout particulièrement une base consacrée aux formes du horreur et aux marges de l'image. Non parce qu'il serait un grand styliste caché, mais parce qu'il rappelle combien le cinéma de genre s'est aussi construit dans des zones de friction entre excitation, répulsion, censure et appât du gain. Les films de Findlay ne demandent pas l'adhésion. Ils exigent une confrontation avec ce que l'industrie a longtemps vendu comme frisson adulte.
Le travail de redécouverte mené par certains éditeurs, programmateurs et festivals de cinéma bis permet aujourd'hui de replacer Michael Findlay dans un paysage plus large : celui d'une culture underground et semi-industrielle où la valeur d'un film ne se mesure pas seulement à sa noblesse, mais à ce qu'il révèle d'un imaginaire collectif en train de se salir.
Michael Findlay mérite ainsi d'être abordé comme une figure symptôme. Ses films concentrent les pulsions commerciales, les obsessions sexuelles, les brutalités formelles et l'énergie de contrebande d'une époque entière. Ils ne sont pas confortables, ni toujours défendables, et c'est précisément ce qui leur donne une importance documentaire et culturelle. Dans l'histoire des images qui mordent, qui exploitent, qui provoquent et qui dégradent en même temps qu'elles fascinent, Findlay occupe une place impossible à polir sans la falsifier.
