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Mawena Yehouessi

Dans une esthétique afro-diasporique attentive aux images, aux archives et aux futurs possibles, Mawena Yehouessi approche le genre comme un champ de spéculation plutôt que comme une simple machine à effrayer. Ses deux crédits au catalogue CaSTV ouvrent une voie singulière: celle d'un cinéma où l'étrange sert à reconfigurer les corps, les récits hérités et les imaginaires que l'histoire dominante a trop longtemps confisqués.

Yehouessi ne se situe pas dans l'horreur de la formule. Son travail semble préférer les zones hybrides, là où l'essai visuel, la performance, la fiction et le rêve politique se contaminent. Cette contamination est importante. Elle empêche le film de se laisser réduire à une intrigue, tout en donnant au spectateur des sensations très concrètes: flottement, surveillance, métamorphose, inquiétude devant les images elles-mêmes.

On peut rapprocher cette démarche du fantastique quand il devient une manière d'ouvrir des réalités parallèles. Le fantastique n'est plus seulement l'apparition d'un impossible dans le monde connu. Il devient une critique de ce que le monde connu appelle possible. Yehouessi travaille cette faille avec une intelligence visuelle: elle sait que l'image peut être une prison, mais aussi un outil de reprise.

La question du regard est centrale. Qui filme? Qui est regardé? Quel corps devient archive, preuve, icône, menace? Dans le cinéma de Yehouessi, ces questions ne sont pas des notes de bas de page. Elles sont la matière même du trouble. L'horreur peut surgir d'un dispositif de représentation, d'une mémoire imposée, d'un futur qui semble avoir été dessiné sans ceux qui doivent l'habiter.

Cette dimension la relie aux années 2020, période où de nombreux artistes ont investi le genre pour penser les héritages coloniaux, les technologies du regard et les identités non stabilisées. Le cinéma d'horreur y devient un laboratoire de formes. Il ne se contente plus de mettre un monstre face à une victime. Il demande comment certaines sociétés fabriquent le monstrueux, puis à qui elles collent cette étiquette.

Yehouessi appartient aussi à une constellation que l'on peut associer au cinéma français contemporain dans sa partie la plus indisciplinée, celle qui circule entre art, recherche, performance et fiction. Mais réduire son travail à un contexte national serait trop court. Ce qui l'anime semble plutôt transnational: une pensée des images noires, des mythologies recomposées, des futurités qui refusent l'assignation.

Sa mise en scène n'avance pas forcément par progression dramatique classique. Elle procède par assemblage, par vibration, par retour de motifs. Cette structure peut dérouter un spectateur qui attend une causalité nette, mais elle correspond à son sujet. Les mémoires violentées ne se rangent pas toujours en trois actes. Les futurs imaginés ne suivent pas toujours les chemins autorisés. Le film doit alors inventer une autre logique.

Dans cette logique, la peur devient moins un sursaut qu'une instabilité. On craint ce que les images font au réel. On craint la répétition d'un vieux pouvoir sous une forme neuve. On craint aussi l'énergie de transformation elle-même, parce qu'elle oblige à quitter des catégories familières. Yehouessi donne à cette inquiétude une texture plastique, presque tactile.

Pour CaSTV, Mawena Yehouessi élargit le champ de l'horreur en rappelant que le genre peut être un espace de pensée radicale. Ses films ne demandent pas seulement qui est le monstre. Ils demandent qui a écrit la grammaire permettant de reconnaître un monstre. Cette question change tout. Elle déplace la peur du couloir obscur vers le musée, l'écran, le réseau, l'archive, le visage filmé. L'horreur n'est plus seulement ce qui surgit dans l'image. C'est parfois l'image elle-même, avec son histoire, ses violences et ses pouvoirs de réinvention.