Matthew Goodhue
Le nom de Matthew Goodhue, réduit ici à un seul crédit CaSTV, appelle une lecture par l'impact plutôt que par la chronologie. On ne dispose pas d'une grande suite de films à aligner comme des preuves, mais d'une présence qui se mesure autrement: par sa capacité à rejoindre le cinéma d'horreur là où celui-ci se renouvelle le plus souvent, dans les marges, les formats instables et les objets qui avancent avec une énergie plus urgente que leur visibilité.
Goodhue appartient à cette catégorie de cinéastes que l'on ne gagne pas à traiter comme des inconnus interchangeables. Un crédit unique ne dit pas rien. Il dit qu'un geste a été suffisamment lié au genre pour entrer dans une archive spécialisée. Il dit qu'une image, une méthode, une atmosphère ou une collaboration a participé à la grande conversation de la peur. La critique doit savoir travailler avec ce peu, car le peu est parfois la forme normale de l'histoire du cinéma indépendant.
Dans l'horreur contemporaine, l'indépendance ne signifie pas seulement une question de budget. Elle désigne un rapport au risque. Moins de protection industrielle peut produire plus de fragilité, mais aussi plus de netteté. Un film peut choisir un dispositif simple et l'habiter jusqu'au malaise. Il peut miser sur une présence physique, une situation qui se décompose, un humour noir qui tourne à l'inconfort. L'important est de trouver le point exact où le spectateur cesse d'être spectateur tranquille.
Les années 2010 ont rendu cette économie particulièrement visible. Beaucoup de cinéastes de genre ont appris à circuler par bandes-annonces virales, festivals de minuit, plateformes et communautés de fans. Le résultat a parfois été une inflation de concepts, mais aussi un vrai laboratoire de formes. Dans ce contexte, un réalisateur comme Goodhue peut être compris comme un nom de cette génération de circulation rapide, où la réputation se construit moins par institution que par effet.
Il faut aussi noter la proximité constante entre l'horreur et la comédie noire dans certaines branches du genre. Sans attribuer à Goodhue un programme précis que le dossier ne permet pas d'établir, son inscription dans cette zone du catalogue permet de rappeler une vérité: la peur et le rire ont souvent le même nerf. Tous deux dépendent du rythme, du retard, de la surprise, du corps qui réagit avant d'avoir formulé une pensée. Le comédie peut devenir l'autre face de la panique.
Cette porosité donne au cinéma de genre une vitalité particulière. Un film d'horreur trop pur risque parfois la rigidité. Un film capable de laisser entrer l'absurde, la gêne, la mauvaise blague ou l'embarras social peut devenir plus cruel, parce qu'il rapproche la menace de gestes que nous reconnaissons. La peur n'est plus seulement dans la cave. Elle est dans la conversation, dans la fête, dans le groupe qui ne sait pas encore qu'il va devenir une meute ou une proie.
Matthew Goodhue, tel qu'il se présente dans CaSTV, vaut donc comme point d'entrée vers cette horreur de l'énergie. On peut imaginer un cinéma moins préoccupé par la noblesse du cadre que par la précision du dérèglement. Ce n'est pas une concession. Le genre a besoin de réalisateurs capables de manier l'intensité immédiate, de faire basculer une situation avant que le spectateur ait le temps de se rassurer avec des catégories.
La présence de Goodhue rappelle enfin que les catalogues spécialisés doivent préserver les cinéastes d'un seul crédit autant que les grands noms. L'horreur n'est pas un panthéon fermé. C'est une circulation d'effets, de styles, de coups de force, de films qui parfois n'ont besoin que d'une occasion pour mordre. Un seul crédit peut ne pas raconter toute une carrière, mais il peut très bien raconter une manière de faire trembler une salle.
