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Liao Ming-Yi - director portrait

Liao Ming-Yi

Avec I WeirDO, Liao Ming-Yi prend la comédie romantique contemporaine et la fait dérailler vers un territoire d'obsessions, de manies, de couleurs tranchantes et de solitude urbaine très précisément taïwanaise. Le film aurait pu n'être qu'une fantaisie affectée sur deux êtres singuliers. Il devient autre chose parce que Liao filme les comportements répétitifs, les rituels privés et les névroses du quotidien comme la matière même d'un monde. Chez lui, l'excentricité n'est pas une décoration sympathique. C'est une manière de survivre à la promiscuité, à l'angoisse, à la fatigue contemporaine.

Travaillant depuis Taïwan, Liao Ming-Yi appartient à une génération qui hérite d'un cinéma d'auteur puissant tout en cherchant de nouvelles formes pour raconter la ville, les écrans, les affects contemporains. Ce qui frappe chez lui, c'est la liberté avec laquelle il mêle stylisation graphique, narration sentimentale et perception altérée du réel. Il ne sépare pas la fantaisie du malaise. Au contraire, il comprend que certaines formes de drôlerie naissent d'un rapport presque pathologique au contrôle. Ranger, nettoyer, compter, répéter, éviter, classer: ces gestes deviennent chez lui les signes d'une vie qui tente de ne pas se dissoudre.

I WeirDO est exemplaire à cet égard. Le film observe ses personnages avec tendresse, mais sans dissoudre leur étrangeté dans une morale consensuelle de l'acceptation. Liao ne dit pas simplement que chacun a ses particularités. Il construit un univers où la perception elle-même se règle sur ces particularités. Les couleurs, les cadrages, le rythme, les objets, tout semble organisé par des psychismes qui veulent tenir le chaos à distance. Ce parti pris donne au film une texture singulière, à la fois légère et angoissée, comme si la romance devait passer à travers un champ de forces invisibles avant de devenir pensable.

Il y a là une parenté oblique avec certains territoires du genre et même avec un fantastique du quotidien, non parce que Liao mettrait en scène des phénomènes surnaturels, mais parce qu'il sait faire sentir combien le réel ordinaire peut devenir étrange dès lors qu'on le regarde selon une logique intérieure stricte. Les appartements, les rues, les objets ménagers, les interfaces numériques cessent d'être neutres. Ils participent au régime affectif du film. Liao Ming-Yi est un excellent observateur des milieux domestiques et urbains lorsqu'ils deviennent le prolongement visible d'une vulnérabilité psychique.

Cette sensibilité fait de lui un auteur très représentatif des Années 2020 sans jamais le réduire à une mode. Beaucoup d'oeuvres contemporaines veulent parler de santé mentale, d'isolement ou de relation médiatisée par les écrans. Peu trouvent une forme assez nette pour que ces thèmes cessent d'être de simples mots d'ordre. Liao, lui, invente un système visuel et rythmique qui donne corps à ces états. Son cinéma ne psychologise pas lourdement. Il laisse plutôt émerger une écologie du comportement, une cartographie des petites compulsions et des grands désirs empêchés.

Ce qui en résulte est plus troublant qu'il n'y paraît d'abord. Sous les surfaces pop, sous l'humour et les inventions visuelles, ses films contiennent une vraie tristesse contemporaine: celle de sujets qui veulent aimer sans savoir comment desserrer l'étau de leurs propres défenses. Liao Ming-Yi filme cette contradiction avec finesse, sans cynisme et sans mièvrerie. C'est assez rare pour être signalé. Son cinéma rappelle qu'une comédie romantique peut encore être un instrument d'observation aiguë du présent, à condition d'accepter que le charme passe par l'étrangeté plutôt que par la normalisation.