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Larry Weinstein - director portrait

Larry Weinstein

Chez Larry Weinstein, le point d'accès le plus net pour CaSTV n'est pas un slasher perdu ni un thriller de studio, mais The Devil's Horn en 2016. Rien que le titre annonce sa méthode: partir d'un sujet musical, le saxophone, puis le charger d'un imaginaire de malédiction, de scandale, d'excès et de désir. Weinstein n'est pas un homme du monstre frontal. Il travaille plutôt dans la zone où le documentaire rencontre l'étrange, où la culture musicale se raconte comme une affaire de possession, de propagande, de fièvre collective ou de hantise historique.

Né à Toronto en 1956, formé à York University, cofondateur de Rhombus Media, Weinstein a construit une œuvre documentaire très ample, surtout consacrée à la musique et au geste créatif. Ce qui pourrait sembler éloigné de l'horreur ne l'est pas tant que ça. Une partie de ses films tourne autour de figures dévorées par leur art, de biographies traversées par la guerre, la maladie, l'obsession ou la manipulation politique. Il y a chez lui une vraie attirance pour les récits où la culture n'adoucit rien, où elle révèle au contraire une violence plus profonde. C'est ce qui rattache son travail aux marges du Documentaire et à une histoire plus large du fantastique culturel.

The Devil's Horn le formule de la manière la plus lisible. Weinstein y raconte l'histoire du saxophone non comme une simple chronologie pédagogique mais comme une légende trouble, faite d'interdictions, de stigmates, de transgressions et d'extases sonores. Le film comprend très bien qu'un instrument peut devenir personnage, presque créature. Il lui donne un passé chargé de peur morale et de fantasmes sociaux. Dans cette manière d'animer un objet, de le faire circuler entre mythe et archive, il y a quelque chose qui touche aux bords du fantastique. Le diable du titre n'est pas qu'une métaphore facile. C'est une façon de montrer comment les sociétés projettent leurs angoisses sur les formes artistiques qui les dérangent.

Cette logique était déjà présente ailleurs dans sa filmographie. The War Symphonies: Shostakovich Against Stalin transforme l'histoire musicale en théâtre de survie sous terreur politique. Ravel's Brain fait du déclin neurologique d'un compositeur une matière presque hallucinée. My War Years: Arnold Schoenberg ou September Songs privilégient eux aussi les trajectoires où l'art ne flotte jamais au-dessus de l'histoire mais s'y cogne brutalement. Ce ne sont pas des films d'horreur, évidemment. Pourtant, ils fréquentent souvent les mêmes affects: oppression, dérèglement, paranoïa, mémoire traumatique, menace systémique. Pour un lecteur qui navigue entre cinéma de genre et formes documentaires, Weinstein devient alors un détour très fécond.

Il faut aussi insister sur son importance dans le Canada. Le documentaire canadien a produit plusieurs cinéastes capables de faire vibrer la culture savante sans la figer. Weinstein appartient à cette lignée, mais avec une tonalité plus joueuse, plus ironique, parfois plus baroque. Il comprend qu'un film sur la musique ne doit pas se contenter d'expliquer. Il doit inventer une scène, un dispositif, une manière de donner une texture visuelle à des forces invisibles. Dans le contexte des 1990s puis des 2010s, cette inventivité lui permet de rester mobile, de passer de l'essai historique au portrait, puis du récit biographique à la satire politique.

On le voit encore dans Propaganda: The Art of Selling Lies, qui aborde la manipulation des images et du langage avec une sécheresse inquiétante. Là, Weinstein s'approche d'une autre zone chère au cinéma de genre: la fabrication du réel comme cauchemar collectif. Quand la propagande devient spectacle, on n'est pas très loin des ressorts du Thriller, même si le film reste fermement documentaire. De la même façon, God's Wrath ou The 13th Man montrent qu'il s'intéresse aux récits où le pouvoir, le mythe et la violence symbolique s'entremêlent.

Larry Weinstein compte donc moins comme fournisseur de peur immédiate que comme cartographe de ses équivalents culturels. Il filme les objets, les sons et les récits qui contaminent une époque. Il sait que la musique peut être diabolique, que la mémoire peut devenir une chambre d'échos, et que la culture officielle dissimule souvent ses zones de panique. C'est pour cela que son nom a du sens sur CaSTV. Depuis le Canada jusqu'aux grands remous des 2010s, il rappelle qu'il existe une autre voie vers l'inquiétude: non par la fiction pure, mais par le documentaire quand celui-ci accepte de se laisser contaminer par le mythe, la guerre et le trouble.

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