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Kaho Sugisaki - director portrait

Kaho Sugisaki

Le crédit japonais de Kaho Sugisaki l'inscrit dans un pays où l'horreur a souvent compris mieux que d'autres que l'image peut être hantée avant même qu'un fantôme y entre. Le Japon a donné au genre une grammaire du retard, du silence, de la tache, du visage immobile et de la présence qui arrive par contamination plutôt que par irruption.

Kaho Sugisaki apparaît dans le catalogue avec une seule entrée, mais cette discrétion correspond à une tradition où l'intensité peut se loger dans des formats très resserrés. L'horreur japonaise n'a pas toujours besoin d'un récit ample. Elle sait faire de la durée courte une chambre d'écho. Un couloir, un écran, un escalier, un geste répété peuvent devenir les éléments d'un rituel dont le spectateur ignore les règles mais sent immédiatement la menace.

Le cinéma d'horreur japonais se distingue souvent par son rapport à l'invisible. Le danger n'y est pas seulement caché. Il est déjà là, mais mal perçu. Il circule par les objets, les médias, les maisons, les habitudes, les transmissions familiales. Une cinéaste comme Sugisaki, même à travers un seul crédit, peut être lue dans cette continuité: l'effroi ne vient pas d'un monde séparé, il vient d'une cohabitation ratée entre les vivants et ce qu'ils ont refusé d'entendre.

La question du féminin est également importante, sans devenir une clé automatique. Dans l'horreur japonaise, les figures féminines ont souvent porté la charge du ressentiment, du deuil et de la vengeance. Lorsqu'une réalisatrice intervient dans ce champ, le regard peut se déplacer. La femme n'est plus seulement apparition terrifiante ou victime rituelle. Elle devient sujet de perception, centre d'une inquiétude qui touche au corps, à la mémoire, à la contrainte sociale, au rôle imposé.

Les années 2020 ont permis de redécouvrir des formes plus petites de cette horreur, au-delà des grands titres qui ont marqué l'international au tournant des années 2000. Les cinéastes peuvent travailler dans des formats courts, des anthologies, des productions locales, des circuits de festival. Cette échelle convient à la peur japonaise, parce qu'elle repose souvent sur un principe de condensation. Le film ne doit pas expliquer le monde. Il doit ouvrir une fissure assez précise pour que tout le reste y tombe.

Chez Kaho Sugisaki, le crédit unique fonctionne ainsi comme un signe de sensibilité plus que comme une simple donnée. On y cherchera une attention à la texture des lieux, à la circulation du son, à la possibilité qu'une image fixe devienne hostile. Le Japon contemporain, avec ses espaces urbains compacts, ses traditions domestiques et ses technologies intimes, offre un terrain idéal à ce type d'angoisse. La modernité n'efface pas les fantômes. Elle leur donne de nouveaux conduits.

CaSTV garde ce nom parce que l'histoire du genre ne se résume pas aux maîtres consacrés. Elle se construit aussi avec ces réalisatrices dont la présence, encore mince, signale une continuité vivante. Kaho Sugisaki appartient à cette carte de l'horreur japonaise où le spectaculaire compte moins que la précision du malaise. Un seul film peut suffire à rappeler une chose essentielle: au Japon, la peur n'a pas besoin de frapper à la porte. Elle peut attendre que vous remarquiez qu'elle était déjà assise dans la pièce.

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