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Josza Anjembe - director portrait

Josza Anjembe

Avec Le Bleu Blanc Rouge de mes cheveux, Josza Anjembe s'est d'abord imposé par une comédie de l'identité française qui n'avait rien de tiède. Quand le genre, l'étrange ou la dystopie affleurent ensuite dans sa trajectoire, ils n'apparaissent pas comme un virage opportuniste, mais comme l'extension logique d'un regard déjà aiguisé sur l'appartenance, la mise à l'écart et la fabrication des normes. Chez lui, le fantastique n'est jamais une fuite hors du réel social. Il est une manière de pousser ce réel jusqu'à son point de cruauté visible. C'est ce qui le rend précieux dans le paysage français des années 2010 et des années 2020.

Anjembe appartient à une génération de cinéastes pour qui la France contemporaine n'est pas un décor abstrait, mais un système de signes et de contrôles incorporés. Le quartier, l'école, l'administration, la représentation nationale, la mémoire familiale, tout cela travaille ses récits. Lorsqu'une torsion de genre apparaît, elle ne vient pas décorer le propos. Elle révèle ce qu'il y a déjà de spectral, de coercitif ou d'absurde dans l'organisation du quotidien. On pourrait parler ici de social horror, mais à condition de ne pas réduire l'expression à un simple slogan critique. Chez Anjembe, le social est déjà une mise en scène de la peur.

Cette intelligence du contexte se double d'un sens très net de la frontalité. Ses films ne cultivent pas l'ambiguïté pour se protéger. Ils assument des lignes de tension claires: race, citoyenneté, masculinité, visibilité, exclusion. Pourtant, cette netteté n'écrase pas la complexité des personnages. Anjembe sait qu'un individu n'est jamais seulement le porteur d'une thèse. Il filme les contradictions, les désirs d'intégration, les colères mal dirigées, les moments de fatigue où l'on voudrait simplement cesser d'avoir à se justifier. C'est là que son cinéma gagne son épaisseur affective.

Formellement, on retrouve chez lui une économie de gestes très efficace. Le court métrage lui a donné ce sens de la précision qui évite de surligner. Une scène pose vite ses rapports de force. Un dialogue laisse apparaître ce qu'il prétend cacher. Un déplacement dans l'espace suffit à redessiner une hiérarchie. Ce n'est pas un cinéma de surcharge. Même lorsqu'il flirte avec l'allégorie ou le fantastique, Anjembe garde une netteté d'observation qui empêche la démonstration de devenir abstraite.

Sa place dans le cinéma français est d'autant plus intéressante qu'il refuse la séparation commode entre film social légitime et cinéma de genre supposé mineur. Cette séparation a toujours été pauvre. Chez Anjembe, elle devient franchement intenable. Pourquoi le réel des institutions, des humiliations ordinaires et des récits nationaux blessés n'aurait-il pas sa part d'horreur ? Pourquoi les formes de la fable ou de l'inquiétante étrangeté seraient-elles réservées à d'autres sujets que les traumatismes politiques du présent ? Son travail pose ces questions sans didactisme pesant, simplement en inventant les formes qui les rendent urgentes.

Il faut aussi souligner la qualité d'écoute qui traverse ses films. Même lorsqu'ils sont construits autour d'un dispositif fort, ils restent attentifs aux voix, aux accents, aux inflexions de langage, à la manière dont une communauté se raconte et se défend. C'est une dimension capitale dans un cinéma où l'appartenance est toujours en jeu. La parole n'est pas seulement un échange d'informations. Elle est un territoire, parfois un refuge, parfois une ligne de front.

Pour CaSTV, Josza Anjembe compte parce qu'il rappelle que l'horreur n'a pas besoin d'un château, d'une créature ou d'un folklore codifié pour être pleinement active. Elle peut naître d'un drapeau, d'un guichet, d'une cérémonie civique, d'une injonction à bien se tenir. Lorsqu'un cinéaste sait regarder ces lieux de pouvoir avec une telle lucidité, le passage par le genre devient non seulement possible, mais nécessaire.

Sa filmographie, encore resserrée, donne déjà l'impression d'un geste cohérent: prendre au sérieux les formes d'oppression contemporaines, puis chercher la bonne distance esthétique pour les faire résonner autrement. C'est un cinéma de la netteté blessée, de la colère tenue, de l'imaginaire comme prolongement critique du réel. Dans un paysage français souvent tenté par la séparation des registres, Anjembe choisit au contraire le frottement. Et ce frottement produit de très belles étincelles.

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